Au fil de l'Oésie . . . . . . . . . . . . . . . . . . textes de Bérangère Morel

Être poète, c’est arrêter le temps, c’est saisir cet instant invisible et le décupler à l’infini sur le papier, ou ailleurs, ou autrement… Être poète, c’est aller en avant en conscientisant tes racines et le temps. Ressentir… Plier…

14 juin 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 16)



   
Il a vitupéré pendant de longues minutes, m’expliquant que je ne pensais qu’à ma petite personne, qu’au fond de moi, je n’aimais pas les gens, et que mes proches n’avaient jamais rien eu d’autre que la seconde place. Il a terminé en m’affirmant que j’étais incapable de construire la moindre histoire avec quiconque et qu’il se demandait bien pourquoi il continuait à espérer mon amour. J’ai ri, et je lui ai balancé à mon tour que j’espérais bien en être incapable, que ça me faisait gerber les romances mièvres et que j’espérais surtout ne jamais jouir d’une telle dépendance affective. Il s’est éloigné. Au loin, je distinguais Sophie qui s’approchait. Je ne lui ai pas couru après et j’ai laissé ma belle-mère venir jusqu’à moi. Elle me tendait mon trousseau de clés en souriant. Elle souriait simplement. Elle comprenait ma réaction de tout à l’heure, elle ne la cautionnait pas mais elle pénétrait ma douleur. Elle pensait que j’étais malheureuse, que je gardais tout enfermé à l’intérieur de moi-même, et que c’était pour cela que je me laissais surprendre par l’agressivité et le ressentiment. Je lui ai répondu que si elle voulait que je lui offre un thé, il fallait qu’elle arrête de parler de cette façon. Elle n’a rien fait d’autre que me sourire, on était toujours dehors et je me sentais stupide.

 On venait juste de s’installer quand Gontran a ouvert ma porte sans frapper. Il n’avait rien à faire en ce moment et il passait son temps à espionner ma voisine. Je lui ai fait comprendre rapidement qu’il valait mieux qu’il dégage, que je n’étais pas d’humeur à subir ses interrogations.

  Quand il est parti, Sophie m’a expliqué que mon père aurait vraiment aimé me parler plus tôt, mais que je n’étais pas facile à saisir comme fille, et qu’il était plutôt laconique comme homme. Elle m’avait ramené les clés dans le but de converser avec moi. Elle me disait à peu près la même chose que ce que venait de me dire Olivier. Elle n’était pas la première à constater que dans la famille, les mots, on savait mieux les écrire que les dire. Mon père n’était pas toujours brillantissime dans l’art du dialogue, elle le reconnaissait volontiers, et j’étais fuyante, je le savais. J’aimais échapper aux autres. Je parlais beaucoup mais jamais en profondeur. J’étais pourtant d’une agréable compagnie, mes soirées avaient même été recherchées à une époque.

 Il faisait si chaud dans l’appartement que j’ai ôté mon pull. Que se passait-il ? Mamie allait-elle faire exploser la chaudière aujourd’hui ? Le thermomètre affichait vingt-six degrés, et c’était beaucoup trop pour la saison même si le temps s’était radouci avec les pluies. Sophie aussi trouvait ça étrange. On est resté à discuter durant quelques heures. Elle était sympathique mais elle ressemblait à une femme, à une vraie femme. Il ne lui manquait plus que les talons. Je me fichais de tout cela, de toutes ces contenances, de toutes ces convenances, de ce qu’il fallait faire ou ne pas faire, Olivier m’aimait et je voulais continuer à grappiller dans l’existence comme je l’avais toujours fait. Je ne ressentais ni l’envie, ni le besoin, de pérenniser la lignée ou d’investir dans l’immobilier. Je voulais profiter de tous les instants, je voulais accorder à mon corps un potentiel libre-arbitre et ne pas me réserver pour un homme en particulier. Et je ne voulais pas non plus d’un boulot stable, je ne l’aurais jamais supporté. Les quelques soirées que je faisais au théâtre subvenaient à mes besoins. Je travaillais aux entrées, et c’était moi également qui conduisait les gens à travers ces dédales d’escaliers et de couloirs. Il m’arrivait parfois de faire un extra au café d’à côté quand il y avait des concerts. On connaissait mon goût pour le jazz et on me réservait toujours la place. Je venais d’ailleurs de me souvenir que je travaillais le soir même. J’avais bien quelques jours de vacances, mais uniquement au théâtre, et j’avais promis au patron qu’il pourrait compter sur moi. Sophie ne m’a pas laissée m’immerger dans mes pensées, elle a remarqué que je finissais rarement mes phrases, que je laissais mes mots en suspens, attendant que quelqu’un daigne les comprendre et prolonger mes songes. Elle prenait cela pour une forme d’égoïsme…


Posté par blairaudes à 20:34 - Roman, accords frôlés - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 juin 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 15)



   
Je tambourinais chez moi et m’époumonais sur une porte close, mais personne ne semblait entendre mon appel. Je me retrouvais seule et silencieuse. Olivier ne serait bientôt plus là, et rien n’allait plus comme je le désirais. Le monde alentour s’était mis à zigzaguer autour de moi avec une persévérance inaccoutumée. La stabilité que j’avais réussi à acquérir difficilement, l’équilibre précaire auquel j’essayais désespérément de me raccrocher, était en train de s’effondrer. Mon bel édifice se ternissait à vue d’œil et s’écroulait dans une flaque de sperme desséchée. J’étais plutôt satisfaite de la vie que je menais même si je n’arrivais plus à écrire une ligne depuis mon premier roman. J’ai levé les yeux vers Olivier, il n’était pas très grand, il ne dépassait pas le mètre-soixante-dix, et j’ai posé mes pupilles dans les siennes, elles étaient à l’ombre d’elles-mêmes.

__Pourquoi tu tires cette tête, t’as jamais vu une hystérique en pleine action ?

 Je savais que j’étais agressive, énervée et pathétique.

 Il fallait bien me rendre à l’évidence, j’avais oublié mes clés dans cette grande maison. Et je ne rebrousserais pas chemin, mon père n’était plus dépositaire de sa paternité depuis ce matin, il n’arborait plus les qualités requises que j’y trouvais autrefois. J’ai demandé à Olivier se charger de mon fardeau.

__Désolé Prune, j’ai un truc à faire, c’est urgent.

 Je l’ai regardé s’éloigner, il me cachait quelque-chose, je ne savais pas quoi, mais il ne me disait pas toute la vérité. Je lui ai couru après et je lui ai crié de me donner le numéro de Sophie. Il s’est retourné vers moi, affrontant enfin mon regard, et m’a déclaré qu’il ne fallait pas compter sur lui pour ce genre de choses.

__T’as pas été très sympa avec ton père tout à l’heure ! Ça fait des mois que tu lui files aucune nouvelle, des mois qu’il s’inquiète. T’as répondu à aucun de ses messages depuis je sais pas combien de temps, sinon t’aurais su bien plus tôt qu’il avait envoyé son manuscrit à des éditeurs. Et…

   
Je lui ai coupé la parole, je l’ai contemplé mesquinement et je lui ai assuré de mon air le plus hautain que les éditeurs n’acceptaient plus les manuscrits depuis longtemps. On disait tapuscrit au vingt-et-unième siècle, tapuscrit…

 Il m’a contemplé tristement, une lueur vive dansait au fond de son regard, une lueur que je n’y avais jamais décelée auparavant, et il m’a dit que j’étais égoïste et injuste, que je ne savais pas regarder autour de moi. Il m’a dit que je ne savais pas voir la vie qu’il y avait en dehors de moi, et que j’étais incapable de regarder simplement la pluie tomber ou de m’émerveiller sur le chant d’un oiseau.

__Je suis pas musicienne, en plus, j’ai pas d’oreille !

__C’était une image Prune, une image.

Posté par blairaudes à 12:47 - Roman, accords frôlés - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 juin 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 14)



   
Je ne me rappelle pas de quelle manière il a fait ça. Je n’ai plus en tête les mots exacts qu’il a employés et je ne me souviens pas de l’expression qui couvrait son visage à cet instant, mais il l’avait fait, il avait écrit un livre et il allait être publié. Je suis restée immobile sans pouvoir prononcer un seul mot, puis j’ai eu l’impression de me refroidir de l’intérieur. Une puissance ignoble progressait sourdement dans tout mon corps. Quelque-chose de glacé et de luisant se glissait insidieusement dans chacune de mes veines tel une sève nourricière et intrusive. Ensuite, tout est allé très vite. La pièce s’est mise à tourner autour de moi. Je me prenais des couleurs cinglantes dans la tête et les mots arrivaient à mes oreilles comme des sons distordus. Je me suis levée et j’ai hurlé que je trouvais ça immoral et dégueulasse. Je n’avais rien dit pour l’enfant qu’ils faisaient pousser dans le ventre de Sophie, mais je ne pouvais pas restée décemment sans voix devant un tel affront. J’étais debout, je sentais les larmes prêtes à bondir mais je ne pleurais pas. Je me retenais du plus profond de mon être et je ravalais la haine qui grandissait au fond de moi. Voilà donc ce que mon père me cachait depuis hier avec son sourire maladroit et ses yeux fuyants …

__Et ça fait combien de temps ? Ai-je demandé méchamment.

 J’avais l’impression de chercher à savoir depuis combien de temps mon mari me trompait, seulement, il n’était pas mon mari mais mon père, et il ne me trompait pas, il écrivait, ce qui en faisait le pire des traîtres. Il s’était mis à écrire l’an dernier et ça faisait six mois qu’il avait terminé son ouvrage. J’étais mortifiée, vexée au plus profond de mon être. L’écriture était mon pays d’accueil, le seul où j’ai jamais trouvé ma place, et il venait y déloger les rêves que j’y avais abrités. J’avais oublié que l’amour de la lecture et de l’écriture, je les lui devais au même titre que celui du jazz, et qu’il écrivait quand il était plus jeune. Il n’avait simplement pas trouvé le temps et l’énergie de s’y remettre plus tôt.

 Olivier est arrivé à cet instant, il avait une expression triste et désolée. Je me suis demandée ce qu’il avait à me dire ou à me cacher, il semblait hésiter. Il avait peut-être rencontré une danseuse du ventre avec qui il s’enfuyait à Tripoli. Non, je n’avais pas souvent contemplé ce visage fermé. Il était grave et je voyais qu’il aurait aimé me ménager, mais comme je craignais qu’il ne me parle de Magda, je ne l’ai pas laissé ouvrir la bouche. Je ne voulais pas entendre parler des drames de son enfance. Surtout pas aujourd’hui. Mes yeux allaient de lui à mon père, et la fureur qu’ils pouvaient y percevoir n’était que l’ombre grandissante de la fureur elle-même. J’ai sommé sardoniquement Olivier de me suivre, et j’ai claqué la porte sans leur faire mes adieux.

 Il courait derrière moi, me poursuivait dans la rue tant les pas de la colère m’emportaient au loin. J’avais le visage blême et les traits décomposés. Je savais que si je desserrais les lèvres, j’allais lui cracher à la figure une souffrance que j’essayais encore d’ignorer. Je ne savais pas avec quels mots je jouerais, mais je le ferais, et je les lui jetterais avec toute la haine dont j’étais capable. Sur le chemin de ma défaite, je croisais quelques personnes de ma connaissance que je ne prenais pas le temps de saluer. J’arrivais chez moi dans un état de démence contenue, j’étais prête exploser, mes soupapes de sécurité allaient lâcher…

 Je fouillais frénétiquement dans mes poches sans y trouver la moindre clé, dépitée, je sonnais mais Ignace ne semblait pas être là, ou alors il s’employait à honorer sa complice et son esprit n’était pas attentif aux bruits extérieurs. Olivier attendait patiemment que je me calme, il me connaissait bien, tellement bien…Mais cela lui donnait-il le pouvoir de prétendre à un titre ? Que croyait-il ? Que j’allais me glisser dans sa valise et passer le restant de ma vie à laver ses chaussettes ou le bol de son petit déjeuner. Ce sont finalement des voisins qui m’ont ouvert la porte du hall d’entrée.


Posté par blairaudes à 11:05 - Roman, accords frôlés - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 juin 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 13)



   
Elle allait faire beaucoup d’esclandres de cette histoire, c’était à prévoir. Ceci dit, elle n’avait jamais voulu épouser mon père pour ne pas renoncer à son nom. Le sien était noble, il avait plus classe que Merlot. Peut-être qu’avec un nom comme Saint Émilion, elle aurait marché jusqu’à la mairie. Ce que j’essaye de te dire, c’est que ma mère est la bourgeoise type que tu croises dans les grands magasins de province, la main sur son sac et le port de tête impeccable. Elle est cette femme qui examine les étiquettes des vêtements de tes camarades d’école quand elle va les accrocher au portemanteau. Tu as bien entendu, cette garce là, c’est ma mère. Elle devait détester Sophie pour ces mêmes raisons, Sophie dont les parents avaient été ouvriers à l’usine du coin, et qui s’étaient saignés aux quatre veines pour que leurs enfants aient le loisir de faire des études. Elle n’aurait pas accepté que je fréquente une fille comme elle lorsque j’étais plus jeune. Cela n’était d’ailleurs jamais arrivée, mais aujourd’hui, la donne avait changé, mon père en baisait une... Les parents d’Olivier avaient eu une maison dans le quartier de Vaucelles, à quelques enjambées de ces immeubles bien sonores où Sophie avait grandi. Une chose était incontestable, jamais je n’irais les mettre en porte-à-faux toutes les deux. Chacune me dérangeait pour des raisons différentes, mais Sophie était une fille déterminée, et je l’admirais pour cela. Elle était aussi amatrice de bon vin, et c’était un argument qui pesait son poids. Ma mère ne buvait plus de vin depuis longtemps. Un verre de vin coûtait je ne sais plus combien de calories.

 Mon père est arrivé à ce moment là, les cheveux en bataille, je n’avais jamais su dire s’il était blond ou roux. Il m’a embrassé sur le front et a posé ses mains sur les épaules de Sophie. Il la massait tendrement tout en maugréant contre son mal de tête. Il m’a ensuite regardée et m’a demandé comment je faisais pour tenir le choc aussi royalement. Je lui ai adressé le plus mielleux de mes sourires avant de lui parler de mon eau de jouvence, le radis noir. Il a pris un fauteuil bas, semblable à ceux dans lesquels nous étions installées, Sophie et moi, et m’a déclaré le plus sérieusement du monde qu’il fallait qu’il me parle. On y était, il allait m’annoncer ce truc que j’aurais tant de mal à digérer.


Posté par blairaudes à 10:39 - Roman, accords frôlés - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 juin 2008



J'ai été expulsé du lycée pour avoir triché pendant un examen de métaphysique ; je lisais dans les pensées de mon voisin.


Woody Allen


Posté par blairaudes à 19:02 - Citations - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Accords frôlés, ch 3 (partie 12)



__Tu sais Prune, on ne s’en est rendu compte il n’y a que quelques mois. Ne blâme pas Olivier. Les secrets de l’enfance sont parfois les plus lourds…

 Sophie la parfaite lisait dans mes pensées, et elle poursuivait sur sa lancée, maladroite, qu’Olivier n’avait jamais voulu cela.

__Il voulait te le dire, il ne savait pas comment. Tes réactions sont tellement…

  Elle laissa un blanc s’insinuer entre nous, puis elle reprit :

__Tes réactions sont tellement incontrôlées, tu es si impulsive…

  Je me retenais de crier au scandale. La couche qu’elle rajoutait était monstrueuse. Elle s’en rendit compte, et elle rougit légèrement avant de refermer sa bouche sans ajouter un mot. Elle la rouvrit quelques minutes plus tard quand le silence devint trop pesant et qu’il menaçait de nous absorber entièrement toutes les deux. Elle me proposa de me griller du pain. J’acquiesçais et je souriais doucement. Elle croyait sans doute que la partie était gagnée.

__Tu sais Prune, j’aimerais bien qu’on soit amies toutes les deux.

 Comment pourrais-je devenir la complice de la compagne de mon père ? Comment cela pouvait-il être possible ? Je lui ai répondu qu’elle était ma belle-mère et que pour l’instant, c’était déjà pas mal, vu qu’hier encore, je pensais que mon père ne partageait pas ses petits déjeuners.

 La maison m’apparut soudain d’un calme olympien, et je m’en étonnais. En réalité, il n’y avait que nous qui avions dormi là, et seules les femmes étaient debout. Mon père, comme Olivier, terminait sa nuit au fond d’un lit bien confortable. Il mettait la pédale douce côté professionnel, m’apprit Sophie. Il avait un projet personnel en cours et de durs labeurs l’attendaient ici, une cloison était à abattre. Je n’écoutais plus Sophie. J’étais perdue dans des profondeurs galactiques, je pensais à Olivier, à Marie que je n’avais jamais connue. Je songeais aussi à ma mère en me demandant comment elle pouvait vivre ces derniers événements. Ses nombreux appels illustraient vraisemblablement sa perception des choses, elle était accablée. Elle ne pouvait pas tolérer l’intrusion de Sophie dans la vie de mon père, je le savais. Et comment prendrait-elle le fait que celle-ci soit enceinte ? J’entendais déjà sa tirade incestueuse. Les hommes qui convolaient avec des femmes qui avaient l’âge d’être leurs filles, avaient inévitablement un problème. Elle avait toujours été jalouse, maladivement. Que mon père ait un an de moins qu’elle avait toujours posé un problème. Je n’ai pas osé faire part à Sophie de mes inquiétudes concernant ma mère. Je la connaissais et elle était capable de s’endormir à coup de barbituriques. Je ne savais pas si elle avait des amants, mon père avait toujours endossé le mauvais rôle. Le chantage affectif lui avait longtemps permis de tenir le coup, et cette liberté dont elle n’avait jamais voulu s’affranchir, ne voulait plus d’elle aujourd’hui. Elle était élégante, grande et brune. Je ne tenais d’elle que sa chevelure que je prenais soin de couper assez courte. Elle avait quinze centimètres de plus que moi, et à l’entendre, ma venue au monde lui avait carbonisé ses plus grandes aspirations, mettant un terme à une carrière de mannequin à peine esquissée.


Posté par blairaudes à 11:41 - Roman, accords frôlés - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 juin 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 11)



   
J’ai baissé le regard car je ne pouvais soutenir le sien, elle avait décidé de ne pas rentrer dans mon jeu. J’avais l’impression d’avoir affaire à une adulte. Elle a continué, elle a ajouté qu’elle avait peut-être une dizaine de jours de moins que moi mais qu’elle savait qui elle était et où elle allait, et qu’elle comptait bien faire ce bout de chemin avec mon père. Elle l’aimait et elle espérait bien avoir un second enfant dans la foulée. Ça ne tenait qu’à moi que l’on s’entende. J’ai relevé mes yeux et je les ai posés sur la cafetière. Je n’osais plus la regarder. J’étais une fille battue. Mon esprit contestataire s’écrasait et mes envolées provocatrices n’avaient plus lieu d’être. Je ne savais pas encore que j’avais commencé à grandir. Un mécanisme s’était déclenché à l’intérieur de mon cœur. J’ai souri, et j’ai acquiescé en remuant doucement de la tête. Elle a jeté un coup d’œil à la couette dans laquelle je m’étais enroulée et m’a demandé ce que j’avais fait d’Olivier. Je lui ai répondu qu’il était là haut, que je lui avais laissé une couverture. Elle a sourit légèrement à son tour et m’a dit de faire attention à Olivier. Il avait écumé pas mal de galères et je n’avais nul besoin de lui en rajouter. Je commençais à comprendre qu’elle connaissait Olivier beaucoup mieux qu’il n’y paraissait, mais je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle s’apprêtait à dévoiler.

__Ma sœur a été à l’école avec Marie, c’était sa grande copine.

 Sur le coup, je n’ai pas compris de quoi elle parlait, puis, comme elle me regardait étrangement, attendant une réaction de ma part, j’ai subodoré le complot, un complot étrange et fascinant. Quelque-chose prenait corps dans mon sang, et faisait battre mes tempes. Quelque-chose à la saveur exquise et douloureuse s’invitait en moi et remontait jusqu’à ma bouche. Je ne connaissais qu’une seule Marie dont on pouvait parler aussi gravement, et elle était morte.

__La sœur d’Olivier…

  Ce n’était pas une question, mais un simple constat. Elle avait acquiescé à mes paroles, puis avait continué assez rapidement, elle ne souhaitait pas s’étendre sur le sujet, Caroline, sa sœur, avait été l’amie de Marie. Une hargne sourde s’élevait en moi, il m’avait été difficile d’accepter que mon père entretienne des relations avec une fille de mon âge, et savoir que cette même femme pénétrait aussi le silence de nos existences, m’abandonnait au bord d’une déchirure violente. Bien sûr, elle n’était pas la première jeune maîtresse de mon père mais elle était peut-être la dernière, et c’est ce qui la différenciait des autres. Elle n’avait pas ravi mon paternel à ma mère, elle l’avait ramassé au bord de sa solitude. Elle ne me l’avait pas volé non plus, ça faisait longtemps que je n’habitais plus dans ce bel appartement aux moulures si parfaites. Non, ils étaient rentrés dans la vie l’un de l’autre, et dans la mienne par la même occasion. Ils avaient forcé la porte de ma propre solitude en y projetant des souvenirs fraternels à peine esquissés. Sophie était simplement en train de m’expliquer qu’elle connaissait Olivier depuis l’enfance, ou tout du moins depuis le collège. Cette femme entrait dans ma vie par la grande porte, celle du sang, et elle était également une vieille amie d’Olivier, elle le connaissait depuis les meurtrières de l’enfance.

Il ne m’en avait jamais parlé, mais lui en avais-je laissé l’opportunité ? Il était le genre de garçon à laisser venir les choses.


Posté par blairaudes à 09:11 - Roman, accords frôlés - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 juin 2008

à la découverte des cultures par la musique



Voici enfin le site de

Benoît Buisson
et de
son exposition itinérante d'instruments de musique du monde


ACC




Posté par blairaudes à 09:13 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 juin 2008

Sybille Avril, artiste peintre


Sybille Avril,

artiste peintre
c'est ici !

vitrine
vitrine


   
Loin, bien loin des tumultes de nos villes exubérantes, derrière les brouhahas de couleurs d’une terre d’ailleurs, souffle l’orient de Sybille, demi-teintes écartelées par l’éveil de l’esprit. S’élançant vertigineusement, ses bâtisses bigarrées prennent parfois corps dans la mélancolie d’une nuit silencieuse, quand le monde alentour, assoupi, rejoint celui des chimères. Rouges épicuriens ou jaunes intrinsèques, orangés libertaires ou magentas dénudés, ses couleurs, éclatantes de folie, crèvent ses façades chamarrées en s’élevant vers des ciels imaginés. Quelque part, à l’est d’un Eden qui n’existerait pas, entre Essaouira et Pondichéry, les doigts de Sybille se promènent, affranchis de toute contrainte, libérés de toute emprise, pour enfin pouvoir jeter sur la toile le rêve qu’elle aurait emprisonné, alors enfant.

 Sybille Avril est née à Caen en 1972. Éducatrice jeunes enfants de formation, Sybille développe parallèlement sa passion des arts en fustigeant la toile de ses doigts. Inspirée par les résonnances de son enfance et par de nombreuses escapades à l’étranger, elle devient une artiste peintre à part entière. Ses parents, géographes et historiens, la bringuebalaient sur des chemins de traverse à la découverte d’une méditerranée escarpée, où l’on le sait, les couleurs sont éblouissantes. Ces envolées ensoleillées ont été pour Sybille une source et une richesse à sa créativité, tapis, motifs, imprimés de tissus, patchworks ont été autant de source d’inspiration. C’est pendant l’été 2001, lors d’un séjour à Cerbère que Sybille est touchée par la lumière et la douceur de cette région. Les sens désormais ensorcelés par ces ambiances méridionales, elle reviendra de ce voyage porteuse d’un puits de luminosité, et en ramènera des croquis de façades vivement enluminées où l’œil averti pourra y déceler une pointe plus orientale, empreinte d’un frère vivant en Inde, et peut-être d’un ancêtre syrien.
 La musique, résurgence assidue de ses émotions, transige avec la personnalité de l’artiste pour composer les différentes ambiances et atmosphères qui viendront, telles une déflagration bigarrée, s’écraser sur la toile. Le tempo guide ses doigts, sa main, son corps, et dans la prolongation, le mouvement, de la même façon que la lumière dispose d’une action importante sur ses couleurs.
 Sybille s’essaie au pastel, à l’aquarelle, et à quelques autres procédés, mais c’est avec le pastel sec que l’artiste se révèle. Ce dernier, captant la lumière, lui permet de travailler ses émotions exactement comme elle le désire. Sybille aime les cieux et les nuages, peut-être bien parce-que enfant, ses yeux levés vers la voute céleste, elle n’entendait pas les professeurs lui souffler qu’elle était dans la lune ou dans les nuages, ces nuages-mêmes qui deviendront pour elle une source inépuisable d’inspiration.


Posté par blairaudes à 20:10 - Textes pour des artistes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Accords frôlés, ch 3 (partie 10)



 Olivier et moi, on se tenait l’un à l’autre, ses longs doigts s’accrochaient à moi, je sentais ses ongles pénétrer ma chair et je frissonnais de plaisir et d’extase. Mon sexe était chaud et lascif, le sien dur et intrépide. Son départ prochain le rendait presque violent dans son érotisme, mais aussi encore plus doux. Il s’offrait entièrement et sans contrainte, à moi qui l’avais toujours vu tendre et prévenant, romantique et sensuel. Olivier me pénétrait, une ténacité nouvelle suspendue à son regard. Je savais qu’aujourd’hui, il se servait de mon corps comme j’avais pu me servir du sien durant ces deux années. Je ne suis pas en train de dire qu’il n’avait jamais eu d’orgasme, loin de moi cette pensée. Non, Olivier avait joui en moi, sur moi et contre moi, et je n’avais pas toujours mené la danse. Seulement aujourd’hui, quelqu’un d’autre apparaissait, un être que je n’avais jamais entrevu ni même pressenti, se dévoilait à notre intimité. Etait-ce le feu du départ ? Son essor prochain lui concédait-il cette assurance et ce désir de me posséder de la sorte ? Allions nous enfin nous défalquer des peurs qui avaient enfoui nos âmes si loin de notre existence ?

 Le sexe nous avait abandonnés à l’aube d’un matin ensoleillé quelques heures avant que je ne m’éveille. J’apercevais les derniers oiseaux de l’été au travers de la vitre. Avaient-ils été oubliés par leurs congénères, égarés ou blessés ? Je me suis emmitouflée dans la couette, dénudant le corps de mon bel amant et je suis descendue. Sophie déjeunait, assise dans l’un des fauteuils du salon, et le feu qu’elle avait allumé paraissait ridicule dans cette immense cheminée. Elle m’a proposé un café que je me suis empressée d’accepter. Elle jouait à la perfection les maîtresses de maison, ses sourires étaient sincères et son humeur agréable.

__Le café rendait ma mère malade quand elle m’attendait…et c’est papa qui avait des envies, maman lui achetait des prunes…

__Je sais…

__Et elle ne gonflait pas quand elle était enceinte…

 Elle n’a pas sourcillé, elle me connaissait déjà parfaitement à ce moment là, je pense. Elle m’a regardé droit dans les yeux et m’a gravement déclaré qu’elle et mon père étaient très proches, et qu’il ne me servirait à rien d’instrumentaliser la défaite de ma mère, sinon à me faire du mal. Elle savait tout de notre vie, et c’est moi qui ai tiqué quand elle a commencé à faire de la psychanalyse de salon. Je n’avais pas envie de parler de ma sœur morte avec celle qui portait l’autre, celle qui vivrait.

__Sophie, ai-je dit, je préférerais pas qu’on parle de ça…

__Ecoute Prune, a-t-elle renchéri, je préférerais pas que t’essayes de foutre la merde entre moi et ton père. Ça ne serait pas une bonne idée.


Posté par blairaudes à 15:48 - Roman, accords frôlés - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »