25 avril 2008
J’attendais Ronnie de main ferme, ses
fesses allaient en prendre pour leur grade, il risquait d’attraper son pied
comme cela ne lui était encore jamais arrivé. Je vérifiais une énième fois que
l’instrument de ma vengeance fonctionnait et j’appuyais sur les différents
boutons, le monstre était parfaitement huilé. Il allait s’enfoncer dans les
parties obscures de Ronnie comme un fil dans un chas. Le châtiment serait à la
hauteur de la mortification qui m’avait froidement happée. J’étais prête, il ne
fallait pas que je confonde les tubes, le premier était toujours sur la table
de nuit, et le second attendait tranquillement que mes doigts agiles le
récupèrent sous le matelas. Je savais que Ronnie amènerait son matos mais qu’il
serait néanmoins curieux de goûter un truc qu’il ne connaissait pas. Ronnie
était drogué au sexe, shooté aux sensations qu’il se créait. Ronnie allait avoir
un gosse et j’avais beau ne plus l’aimer, ça ne passait pas. Notre dernière
nuit serait jouissive à outrance. Il ne savait pas encore à quel point
l’extrême allait s’emparer de lui.
Il a sonné à vingt-trois heures. Il était toujours ponctuel lorsqu’il s’agissait de sexe. Je lui ai ouvert la porte et il est rentré sans m’embrasser. Il a balayé la pièce d’un regard distrait. Il voulait que je signe son papier tout de suite mais je voulais d’abord être sûre que ses parties génitales étaient en état d’usage. Notre accord stipulait que nous ferions des folies de nos corps de vingt-trois heures trente à deux heures trente. Il m’a demandé un whisky avant de commencer et il s’est allumé un énorme pétard.
__J’espère que t’es en forme, lui ai-je dit. C’est notre dernière nuit après tout.
__Je te préviens que si Émilie apprend ça, t’es morte ! M’a-t-il balancé.
__Pareil pour moi, j’ai répondu. Si mes…
Je n’ai plus rien dit, je ne savais pas quoi dire en fait. Je ne pouvais pas décemment raconter à Ronnie que j’avais deux mecs, il aurait été foutu d’en parler à Émilie et cette conne se serait fait un plaisir de me démolir la réputation. On a pris la direction de la chambre assez rapidement. Ronnie voulait qu’on en finisse, il avait hâte de signer les papiers du divorce. On avait convenu que je le ferais à la moitié du temps qui nous était imparti, ce qui me suffisait largement pour mener à bien ma tâche. Je ne m’étais pas trompée, il avait apporté son attirail, il avait d’ailleurs des petites nouveautés qui auraient séduit plus d’un amateur. Je ne pouvais pas m’empêcher d’avoir la gerbe quand je songeais à ses préférences sexuelles. Il aimait se faire prendre par les femmes. On s’est désapé chacun dans notre coin. Nous n’avions pas besoin du regard de l’autre. Il était trop tard pour cela. J’avais détaché mes cheveux noirs et ils ondoyaient malicieusement au dessus du lit.
__Putain, t’as grossi, m’a-t-il fait remarqué.
__Oui, mais moi, ça va pas m’empêcher de dormir, ai-je répondu, en songeant aux mois d’insomnie qui allaient venir perturber leurs soirées d’amoureux.
J’imaginais déjà les pleurs de leur môme, les couches qu’ils devraient changer, et plus tard, le réveil pour l’école… Il n’a rien ajouté, je n’étais pas certaine qu’il ait décidé d’avoir cet enfant, il allait faire avec, et c’était déjà pas mal. C’était quand même une belle enflure ce mec. Je savais bien que j’avais pris trois kilos, mes fesses avaient poussé, s'étaient distendues, attirées par une potentielle attraction terrestre. J’étais sexy à souhait, voluptueuse et sensuelle, mais j’avais quand même pris trois kilos depuis que ce bâtard m’avait larguée.
24 avril 2008
Un colocataire, c’était pire qu’un frère ou
une sœur, il fallait le considérer comme un être asexué. On ne faisait pas
d’affaire avec, ni commerce, ni sexe. J’avais une ligne de conduite que
j’observais avec soin, pas de coucheries. Fabrice avait la beauté
exterminatrice et je soupçonnais son âme de ne pas connaître la paix Je le
suspectais fortement de dealer, mais avec des tenues aussi classes, je ne
pensais pas qu’il s’amusait à couper les barrettes de shit en quatre. Je
préférais donc ne lui poser aucune question sur ses activités mystérieuses et
j’éludais ses questions quand il me parlait des miennes. Je n’allais quand même
pas lui dire que j’écrivais. Il retroussa son nez lorsque je lui fis deux
bises. J’embaumais le sexe, que dis-je, j’empestais de tout mon être de relents
d’amour.
Je me douchais rapidement et je
m’habillais. Ronan, mon ex, il s’appelait ainsi mais préférait se voir désigner
par l’abominable patronyme de Ronnie, voulait divorcer et je m’interdisais de
lui faire ce plaisir. J’avais beau l’avoir trompé plusieurs fois, ce n’était
pas moi qui étais tombée en cloque hors mariage, pas lui non plus visiblement,
étant donné que c’était un pouvoir que les hommes ne possédaient pas encore, et
quand bien même, l’auraient-ils eu, ils auraient été incapables de l’assumer.
C’était cette petite putain d’Émilie. Cette salope m’avait piqué mon mec, quand
de répétition tardive en petits matins épuisés, une passion commune les avait
réunis. Ronnie était saxophoniste et Émilie couchait avec lui depuis un an et
demi quand je l’avais appris. Autant que vous soyez au courant dès maintenant,
Ronnie m’avait quitté après deux ans de mariage. On l’avait trop vite consumé.
Ronnie avait été fidèle six mois. Le feu de notre passion avait rendu l’âme de
nos dernières étreintes sur les thèmes de Thomas
Chapin, alors qu’Émilie faisait claquer ses longs doigts agiles sur sa
contrebasse. Elle était douée, bien plus douée que Ronnie, et il était couru
qu’une fois que son souffle érotique se serait terni, il la jetterait. Je me
trompais lourdement, j’avais assisté à la naissance d’un de ces couples
mythiques, ou presque. Ronnie et Émilie s’aimeraient leur vie durant et la
musique les transporterait vers des sphères extraordinaires.
Je me sapais petite bourgeoise déconfite,
un décolleté canaille mais pas trop voyant au bout de ma poitrine luxuriante.
L’avocat était un ami de mon père, spécialisé dans les divorces difficiles, et
c’était une belle ordure. Il était indéniable que mon père avait contribué à sa
réussite pécuniaire. Papa en était à son douzième divorce et j’étais persuadée
que le dernier signifié, il s’empresserait de traîner Barbie-girl à la mairie.
Je voulais être dédommagée de l’offense, je ne voulais pas que ce gosse porte
le nom de Ronnie. Je voulais qu’il porte son nom à elle, elle se prénommait
Émilie Lebatard et je trouvais ça fort à propos. Elle devait accoucher dans les
jours à venir et moi, et j’étais prête à porter plainte si l’enfant portait mon
nom, j’étais encore la femme de Ronnie après tout…
23 avril 2008
La salivante
__C’est sûrement
le vin, a dit Laurette en riant.
__Oui, j’ai dit, c’est sûrement ça, et le vent aussi…
__Oui, le vent, bien sûr…
Durant trois jours, nous avons dessiné, esquissé des émotions sur un mur doué d’une blancheur inégalable, nous avons peint des locomotives hurlant à tue-tête et des vides plus gros que l’univers, nous savions, nous étions sur la corde raide, sur ce fil invisible, et nous tenions parce-que des émotions très fortes nous portaient. Nous étions entre le yin et le yang, sur un point d’équilibre si parfait et dans une telle symbiose que nous ne savions pas si un jour nous retrouverions le poète que nous venions de rencontrer au fond de nous mêmes. Durant trois jours, nous avons cloué nos sentiments distordus sur un mur alangui de détresse, nous savions que nous étions en train de guérir Fabrice.
__Fabrice va aller mieux après ça…
__Oui, il le verra peut-être pas tout de suite, mais ça va lui faire du bien, a répondu Laurette tout doucement.
Sa voix chantait à l’intérieur de mon corps, elle était ensoleillée et rêveuse, une vraie voix d’amie.
__Tu crois que
ça le guérira de tous ces maux ?
