Au fil de l'Oésie . . . . . . . . . . . . . . . . . . textes de Bérangère Morel

Être poète, c’est arrêter le temps, c’est saisir cet instant invisible et le décupler à l’infini sur le papier, ou ailleurs, ou autrement… Être poète, c’est aller en avant en conscientisant tes racines et le temps. Ressentir… Plier…

29 avril 2008



   
Lorsqu’il se mit au lit le soir, devant quelques bûches qui flambaient, Philomène n’en finissait pas de danser devant ses yeux rêveurs, il la voulait, là, maintenant, à ses côtés. Il la voulait tout contre lui, entre ces draps où elle s’était dévoilée, dans l’impudique murmure de soupirs extatiques. Il voulait l’odeur de son corps mêlée à celle, plus sucrée, du musc et se réfugier contre elle, dans toute la force qu’elle possédait.

 Le temps lui paraissait de plus en plus long, les secondes n’étaient plus des secondes, mais des heures. Il lui ferait un thé, pendant qu’elle lui raconterait l’Afrique, son Afrique, il était si impatient d’entendre ses histoires.

 Allongé, il croquait, sans faim, dans des tartines de chèvre grillées qu’il s’était confectionné, elles avaient un drôle de goût d’amertume. Il ne comprit pas pourquoi, ni ne chercha la raison de cet étrange phénomène.  

 Il savait que le sommeil ne viendrait pas tout de suite, il s’était couché tôt, avec un tas de livre à ses côtés. Encore une fois, il avait les pensées en ballade. Il était sorti de l’enfance avec un fardeau si lourd, qu’il s’était interdit l’entrée d’un enchantement sentimental, avec des émotions plombées sur des circuits neuronaux qu’il n’utilisait plus depuis longtemps.

 La chose était en train de se réveiller.

 Il fallait décrasser tout ça ! Est ce que son cœur serait plus léger après ? Est ce qu’il porterait encore longtemps les stigmates de l’amour exclusif d’une mère morte, alors qu’il devenait homme ?

 Et cette enveloppe, sûrement jaunie, depuis ce temps, qu’avait-il eut peur d’y trouver ? La vie aurait-elle été plus simple ? Il n’en n’était pas si sûr…

 Il allait ouvrir cette porte et y trouver ce qu’il avait fui toutes ces années. Son adolescence cyanosée allait lui éclater à la gueule. L’apprentissage décalé qu’il avait eu de l’existence, à côtoyer la maladie entrelacée de mort, à croiser le trépas, dans ce service ou les cérémonies mortuaires, régnaient sur ses rangées de fidèles, allait finir par l’absorber tout entier.

  Les courses à la pharmacie, les prises de sang régulières…

 Il voulait oublier tout çà !

 Le sommeil ne s’invitait pas ce soir, si Philomène avait été là, au moins ! Il n’aurait pas trouvé au fond de son lit cet ennui démesuré de vide terrifiant, la terreur de glisser dans des limbes léthargiques quand sa ténacité des perceptions s’accroissait dans une régularité exponentielle qui le glaçait d’effroi. Son esprit entier, jouait en osmose, de tous ces sentiments antinomiques, qui pour une fois, se complétaient mirifiquement.

 Le temps était venu de tourner les pages de son histoire, s’il voulait trouver, au détour de la tendresse, des matins bleus, luxuriants de bonheur.

 Soudain, comme ça ! Il voulait que le bonheur lui crépite des mélodies amoureuses, dont il avait rêvé à l’infini, plus jeune. Mélodies vite remplacées par des complaintes si sombres qu’il en pleurait à l’étiolement de sa nuit, lorsqu’il s'anesthésiait de souffrance, dans ses draps d’enfants.

 Il lui fallait juste un truc pour lui donner le courage. Une impulsion.

 Il n’avait pas envie de boire, ni de fumer !

 Il devait trouver ça en lui.

  Il se déshabillait des chimères futiles, qu’il avait entretenu jusqu’ici, il se dévêtait de ses délires sentimentaux. Et aujourd’hui, débarrassé de ses ultimes oripeaux, il pouvait prétendre à cette quête, autrefois impossible.

  Son âme, ni noire, ni blanche, savait que ce jour tant craint était venu. Etrangement, il se sentait soulagé d’avoir pris enfin cette décision qu’il reculait depuis treize ans. Seulement, il y a treize ans, il se serait flingué s’il n’avait pas enfermé tous ses déboires existentiels dans la pièce d’à côté.

 Il tenait la clé serrée dans sa main, il aurait préféré tout péter, selon l’expression de Sibille, mais à l’heure qu’il était, il n’était pas certain que la voisine apprécierait.


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23 avril 2008

L'homme d'entretien


  Elles étaient qui, ces gonzesses du XXI ème siècle ! Elles mordaient, elles claquaient, elles vociféraient. Elles se prenaient pour des louves noctambules, tributaires de leurs désirs archaïques et vous décramponnaient un baiser quand le sommeil vous ravissait de ses ailes apaisantes. Elles partaient, revenaient, puis finissaient par vous lâcher à la gueule des mots pire que des bombes.

 Il avait la rage en ballade et il retrouva l’objet de ses désirs ambigus sur sa terrasse, s’époumonant sur les quelques taffes d’une cigarette déjà consumée.

  Elle étiola son sourire, terriblement provocateur et innocent, se racla la gorge et esquissa un ou deux mots qui se brisèrent dans la nuit. Le silence prit une ampleur démesurée.

 Un silence, parmi d’autres…le bruit du silence, magnificence, extase sublimée de la condition terrienne, de l’espace et du temps, du vide et du non dit.

 Elle songea à son lit vide et froid, un désert de nébulosité, l’Antarctique en quelques sortes. Elle n’avait pas vraiment envie de rentrer chez elle.

  Il grillait une cigarette à son tour, lui aussi à l’écoute du silence qui les enserrait. Les mots se taisaient, devenant plus lourds de significations, leurs pensées auraient pu se toucher. Elles commençaient à peine à s’effleurer quand une sonnerie tonitruante fractura l’état providentiel de leurs âmes.

Posté par blairaudes à 18:12 - L'homme d'entretien, extraits... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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