Au fil de l'Oésie . . . . . . . . . . . . . . . . . . textes de Bérangère Morel

Être poète, c’est arrêter le temps, c’est saisir cet instant invisible et le décupler à l’infini sur le papier, ou ailleurs, ou autrement… Être poète, c’est aller en avant en conscientisant tes racines et le temps. Ressentir… Plier…

30 mai 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 8)



   
Olivier était drôle, il essayait de me faire rire et s’exerçait à d’adorables pitreries. Les couleurs tanguaient et se déformaient alentour, les formes se mélangeaient, les bulles remontaient assez maladroitement le long de mon gosier. Et puis, j’ai posé mes yeux dans ceux d’Olivier,  et je lui ai demandé comment il avait rencontré mon père. Il a paru un  instant gêné, puis il a souri en pinçant légèrement ses lèvres. Ses commissures sont finalement remontées jusqu’aux plis extérieurs de sa bouche et il m’a concédé un sourire. Il ne saurait jamais me mentir, ce type ne saurait jamais me cacher quoique-ce-soit. Ils s’étaient rencontrés lors d’un concert, l’un étant venu écouter l’autre. C’est à mon père que je devais mon amour pour le jazz. Olivier a baissé la tête et m’a avoué qu’il se faisait du souci pour moi. Olivier ne me l’avouerait que plus tard mais lui et mon père s’étaient vus à plusieurs reprises pour discuter de des tourments qui m’affligeaient.

 Je ne voulais pas en entendre davantage. Savoir que ma mère n’était pas derrière tout ça me suffisait pour le moment. J’avais le champagne gai et j’avais décidé de ne pas penser à cette enfant qui porterait les chromosomes paternels. Je savais que mon père ne s’était jamais complètement remis de la fausse-couche tardive de ma mère, qu’il avait longtemps gardé l’espoir de la faire changer d’avis, jusqu’à ce jour où elle lui avait finalement avoué qu’elle avait subi une hystérectomie.

 Les amis de Sophie étaient agréables mais ils n’avaient pas écumé les bars en espérant y faire de merveilleuses rencontres, ils n’avaient pas traîné leurs mocassins dans les cafés perdus, espérant y dénicher des rêves enfouis. Ils avaient trouvé leurs places dans la société sans avoir eu besoin de forcer le destin. Jérôme avait fait l’école Boule et Pascal était rentré à Olivier de Serre après une section F12 d’où il était sorti majeur de sa promo. Certains fumaient des joints, d’autres leur préférait la coke ou l’alcool. La plupart d’entre eux affichaient leur hétérosexualité en regardant les filles se trémousser d’un œil averti. Mika ne faisait pas parti du lot. Mika était homosexuel et terriblement attirant. C’était le seul que je connaissais un peu. Je l’avais croisé aux trente ans de Lucie, une amie de Fonnie, et j’avais eu le loisir de m’adonner à quelques légèretés en sa compagnie avant de me faire supplanter par un type boutonneux qui aujourd’hui n’existait plus. Mika était seul. Olivier a tout de suite compris que nous avions des connivences intimes. Je lui racontais alors notre brève chronique. A l’époque, je portais déjà les cheveux courts et comme mes archétypes mamellaires versaient plutôt dans le minimalisme, il arrivait que je plaise aux garçons qui aimaient les garçons. C’était tout, nous n’avions pas dépassé le stade des baisers volés dans un jardin automnal. Nous n’avions pas fait l’amour, je n’avais pas voulu me retourner.

 En dansant un rock déjanté sur Noir désir, je suis tombée nez à nez avec Sophie dont le ventre semblait s’arrondir d’heures en heures. J’ai fermé les yeux tout en continuant à me tordre au gré des mesures de plus en plus rapides. Je tournoyais presque, la transe m’envahissait et des images venaient claquer sur le tertre de mes souvenirs. Des images oubliées, rugissants colorés du passé, des sensations étranges, prenaient d’assaut mon mental tristement aguerri. Je me souvenais, j’étais enfant et je caressais le ventre de ma mère. J’attendais cette sœur et je la touchais au travers du cuir maternel.


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29 mai 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 7)



   
 Je n’en revenais pas, il avait dans les cinquante ans et il remettait ça avec une femme plus jeune que moi. Je n’ai pas tiqué, je n’ai pas hurlé, ni vociféré, je leur ai simplement adressé mes félicitations. Je ne voulais pas ressembler à ma mère. C’était une fille, et elle allait naître dans quatre mois et demi. J’étais clouée au sol et j’ai envoyé Olivier me quérir un magnum. Il me fallait au moins ça pour digérer. J’ai jeté un œil discret à son ventre, il était indéniable qu’un petit être s’y développait. Sophie a surpris mon regard et m’a demandé si je voulais y apposer ma main. Je suis alors devenue un brasier géant et j’ai déguerpi. Je n’avais jamais effleuré le ventre de Fonnie, et j’espérais faire éternellement honneur à mes principes. Je suis allée m’installer sur la marche de la cheminée, deux trois personnes tiraient sur des pétards. J’en ai taxé un et je l’ai pompé jusqu’au filtre. Je n’en revenais pas. Ce n’était pas un coup de poignard dans le dos, c’était quelque-chose que je n’aurais jamais pu imaginer. Mon père et Sophie se reproduisaient. L’idée même de les imaginer en train de s’accoupler me donnait la nausée. J’étais perdue dans mes pensées quand Olivier est venu vers moi. Il était ravi pour eux, Sophie et mon père avaient si l’air heureux. Mais pourquoi fallait-il donc être absolument heureux ? Qu’avaient tous ces gens à courir après le bonheur ? Était-ce un passage obligé dans l’existence ?

 Olivier trouvait que leur maison était une véritable splendeur, on était en plein centre-ville, et il avait l’impression d’être à la campagne. C’est à ce moment, quand j’ai entendu ce « leur » que j’ai vraiment assimilé le fait qu’ils avaient acheté la maison ensemble. J’ai eu une espèce de flash et j’ai revu la sonnette, leurs deux noms y étaient entrelacés. Olivier m’a pris par les épaules et m’a embrassé très doucement. J’avais du mal à réaliser que j’allais de nouveau avoir une frangine, même si l’autre n’était jamais née. On a bu jusqu’au bout de la nuit. Les verres dansaient et le champagne affluait de tous les côtés. Mon père avait de l’argent. Ce n’était qu’une constatation, mais je savais que je pouvais compter sur lui en cas de besoin. Cependant je savais que je n’en arriverais jamais là. Jamais. Les nouvelles n’étaient pas terminées, mon père allait m’en asséner une monstrueuse que je ne serais pas prête de lui pardonner. Si je n’avais pas tenu compte de certaines variables extérieures, j’aurais sans doute passé une excellente soirée…

 Je pensais à ma mère. Que pouvait-elle ressentir ? Ce n’était pas une trahison, ils ne couchaient plus ensemble depuis des temps immémoriaux, mais avaient-ils jamais fait l’amour au sens premier du terme ? S’étaient-ils vraiment aimés ? Ma mère ne supportait pas de vieillir, la silicone était devenue sa seconde nature. Elle se figeait les traits dans l’aigreur et marchait avec un livre sur le haut du crâne. Elle avait des amies façonnées par un fric qu’elles n’avaient jamais gagné, ni à la sueur de leur front, ni même à celle de leur cerveau. Leurs maris entretenaient des maîtresses, quand ce n’était pas des amants qui avaient l’âge de leurs filles ou de leurs fils. Elles avaient eu des femmes de ménage pour dépoussiérer leurs meubles modernes ou Louis je-sais-pas-quoi et des nurses pour lessiver leurs gamins. Elles n’avaient pas allaité, on n’exhibait pas ses seins en public. Elles n’embrassaient pas, il fallait garder le rouge à lèvres impeccable. Elles avaient un port étriqué et le ventre plat, mais comme il fallait vivre avec son temps, l’ère moderne leur avait offert la liposuccion. Elles jouaient à la dînette à l’heure du thé et faisaient tourner leurs cuillères d’argent dans des tasses anglaises pour dissoudre les édulcorants. Je devais au moins ça à ma mère, je n’avais jamais aimé le goût du sucre. J’aimais le café noir et le thé âpre.


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28 mai 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 6)



   
 La ville séchait doucement, et les nuages laissaient filtrer une pluie d’étoiles brillantes. En arrivant à l’adresse indiquée, j’ai découvert qu’il y avait notre nom sur la sonnette et j’ai compris que mon père venait de se payer cette magnifique baraque de la rue du Vingtième siècle. Ma copine Sonia avait comme projet de s’installer là-bas quand elle en aurait les moyens. J’avais toujours su que mon père avait de l’argent jusqu’à pas savoir quoi en faire, mais je ne m’étais jamais demandée pourquoi il n’avait pas acheté de maison plus tôt. Ma mère adorait son appartement aux moulures parfaites et à la cheminée vitrée, elle se feutrait dans son décor verre et inox et n’aurait jamais supporté de déménager.

  Je ne sais pas pourquoi mais sur le moment, je n’ai pas vu qu’il y avait le nom de Sophie accolé au sien, je n’y ai prêté aucune attention. Pour moi, c’était seul qu’il avait fait l’acquisition de cette maison. Olivier m’avait retenue devant la porte, il était mal à l’aise et essayait de me parler. Je refusais que ses larmoiements me jouent à nouveau la complainte amoureuse. Je ne voulais rien entendre et je pénétrais dans le royaume paternel en me demandant depuis combien de temps mes parents avaient pris la décision de ne plus vivre ensemble. J’ignorais alors que ma mère n’avait pas eu son mot à dire et que mon père avait quitté le foyer familial en laissant l’appartement à ma génitrice. Il y avait une quinzaine de personnes dans ce qui semblait être le salon, mon père avait pris un coup de jeune et ça lui allait bien. Je lui aurais donné dans les quarante-trois ans, et avantage non négligeable, il n’avait pas le visage plastifié de ma mère, Sophie quant à elle, avait le faciès plus lunaire qu’à l’accoutumée. Quand il m’a aperçue en compagnie d’Olivier, il a parut content, il l’a d’ailleurs salué avant de me faire une bise. Ils semblaient tous les deux se connaître, je n’avais pourtant jamais pris l’occasion de les présenter l’un à l’autre. Mon père s’inquiétait pour moi, ça faisait quelques temps que je ne l’avais pas appelé et il aurait aimé me tenir au courant de ses projets. Ça faisait des mois que je snobais mes parents, depuis qu’Olivier m’avait quitté en fait…

 Sophie était radieuse, elle vint vers Olivier et l’embrassa, elle aussi le connaissait. Et lui ne m’en avait jamais soufflé le moindre mot. Je les laissais sans y réfléchir davantage et me dirigeais vers le bar. Sophie me suivit. J’attrapais une bouteille de champagne et je servais copieusement deux coupes, je lui en tendis une.

__Merci Prune, mais je ne vais pas boire, me dit-elle d’une voix un peu émue.

 Je la contemplais effarée, Sophie aimait le champagne et bon vin, et c’est peut-être ce qui nous avait empêchés de nous détester toutes les deux. Mon père a été près de nous en quelques secondes, il avait un truc d’important à me dire et il préférait que l’on passe à la cuisine. Je l’avais rarement vu aussi mal à l’aise. Je lui ai dit j’étais au courant pour la maison, j’avais vu son nom sur la porte, et que s’il comptait me faire une surprise, c’était raté. J’en ai profité pour lui dire qu’Olivier et moi, on aurait bien aimé rester là cette nuit. J’ai dû leur expliquer la situation aussi rapidement que possible, je n’avais pas envie de m’assombrir sur les détails.

 Ils étaient au courant de tout, ils savaient qu’Olivier partait à Prague. Mon père s’est d’ailleurs tourné vers lui et l’a pressé de se joindre à nous. Quand il a été là, mon père m’a tendu un billet d’avion et m’a déclaré que je n’avais plus qu’à réserver, je pouvais partir quand je le voulais et pour la durée de mon choix. Visiblement, la destination m’était imposée. Prague. J’ai cligné des yeux et j’ai regardé Olivier, puis mon père, et c’est à lui que je m’en suis pris. Je n’en croyais pas mes oreilles, j’étais abasourdie. Je lui ai crié des mots sales, des mots blessants, j’étais furieuse d’être ainsi découverte. Je leur ai dit qu’il fallait qu’ils arrêtent de conspirer dans mon dos, que j’étais adulte et que je savais décider seule de la destinée que je suivrais. Mon père m’a expliqué qu’il n’y avait là, rien de prémédité, c’était juste pour me faire plaisir, mais que si je le désirais, je pouvais lui rendre le billet. J’ai souri d’un air mesquin et j’ai glissé le papier dans ma poche.

__Alors, c’était ça ta nouvelle ?

 Mon père a changé de visage alors que Sophie rayonnait toujours plus à ses côtés. Si elle comptait faire concurrence à notre astre solaire, je peux te garantir qu’elle l’emportait haut la main. Je ne sais pas comment j’ai deviné mais ils n’ont rien eu besoin de me dire. J’ai deviné, c’est tout. Elle rayonnait trop pour que ce soit honnête, que dis-je, elle irradiait. Elle était si semblable à Fonnie en cet instant…


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27 mai 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 5)



   
J’étais écœurée. J’ai bredouillé trois mots et j’ai raccroché. Je me demandais comment j’allais pouvoir expliquer la chose à Olivier. Je tenais à profiter de mes dernières nuits avec lui et je n’avais pas envie qu’il y ait du foule dans mon couloir. J’ai réfléchi rapidement et me suis enfin décidée à écouter ce que mon père avait à me dire. Sous une apparence posée, sa voix vibrait dangereusement, il avait une nouvelle à m’annoncer, une nouvelle incroyable. Il était à une fête dans le quartier des bourgeois et me demandait expressément de le rejoindre, même tardivement. Il avait laissé une adresse. Il ne fallait pas être bien clairvoyant pour se douter que ma mère ne serait pas de la partie. Elle passerait la soirée à se morfondre dans son grand appartement ou chez l’une de ses amies qui lui ressemblait. J’écoutais plusieurs des messages de mon père mais il ne m’en disait jamais plus. Je me creusais la tête mais je n’avais aucune idée de cette nouvelle si singulière dont il voulait me faire part. J’espérais juste qu’il n’avait pas décidé d’épouser Sophie.

 J’avais toujours éloigné mes prétendants de la route familiale, mais ce soir, j’allais saisir la perche que mon paternel me tendait. Il était vingt-trois heures et j’avais trouvé où dormir. Je suis redescendue à la cave et j’ai découvert Olivier entouré d’une myriade de minettes dont la plus âgée ne devait avoir vingt-cinq ans. Je me suis assise à la table et j’ai souri presque diaboliquement. Je regardais Olivier au plus profond de ses yeux et lui envoyais un sourire dévastateur. Je savais que tant que j’étais dans le coin, il ne pourrait pas se laisser envoûter par une autre fille. La jalousie avait altéré le début de notre relation mais aujourd’hui je savais désespérément qu’Olivier tenait à moi et qu’il n’attendait qu’un mot de ma part pour rester vierge durant un an. Qui sait, peut-être rêvait-il déjà que je le rejoigne…

 J’ai grillé quelques cigarettes en discutant avec Manuel, mon beau motard, il s’était renseigné à mon sujet et connaissait quelques détails de ma vie. Les filles qui mangeaient Olivier du regard se sont alors précipitées sur lui, et Olivier et moi, on s’est souri comme au premier jour. Je commençais à être saoule. Je lui ai déclaré que j’allais lui présenter mon père ce soir, et il a ouvert la bouche comme s’il allait dire quelque-chose puis s’est finalement tu. On s’est faufilés au dehors en adressant nos adieux à quelques connaissances. J’avais embarqué un verre et je finissais ma pression sur le chemin, Olivier m’a demandé où on allait exactement. Je le lui ai dit, mais il ne pouvait pas me croire étant donné qu’en deux ans de petits déjeuners volés ou de soirées d’ivresse érotique, jamais je n’avais accepté de le conduire jusqu’à mon père, ça aurait pu avoir des allures de mauvais téléfilm, comme quand le patriarche mène sa fille à l’autel. C’est lui aujourd’hui qui semblait discuter et ne plus vouloir m’accompagner. J’avais la sensation qu’il était gêné. Il se retourna alors vers moi, et on s’embrassa, et pour la première fois depuis longtemps, j’eus la sensation de ne faire qu’un avec un garçon.


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26 mai 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 4)



   
Il y avait beaucoup de passage, les gens venaient commander, s’asseyaient quelques minutes, repartaient, ouvraient la porte, la refermaient, revenaient. On a choisi des boulettes de viande avec des frites. Comme tête à tête romantique on aurait pu rêver mieux. J’ai fumé une cigarette et j’ai regardé l’homme avec qui je couchais depuis maintenant deux ans et qui savait si bien me faire frémir les sens. Je lui ai craché la fumée à la figure, juste comme ça, juste pour voir ce qu’il allait dire, juste pour voir sa réaction. Il a tourné son visage vers la gauche et m’a dévisagé comme un père contemplerait, déçu, un enfant trop provocateur. Il paraissait toujours autant désenchanté de mes réactions mais c’est à ce moment là que j’ai compris qu’il m’aimait vraiment. J’ai compris qu’il m’aimait entièrement et profondément mais qu’il se respectait aussi avant tout, et qu’il ne me suivrait pas dans ma descente aux enfers. Je ne l’emmènerais pas jusqu’au bout de ma nuit. Il m’aimait mais il s’aimait aussi, il avait du respect pour lui-même, et c’est pour cela qu’il ne me laisserait pas le détruire. Il a fini par ouvrir la bouche, il allait me poser une de ces questions que j’avais en horreur. Il allait une fois de plus essayer de découvrir quelle fille avait la capacité de se cacher derrière cette chierie. Je me suis levée à ce moment là et j’ai écrasé ma bouche sur la sienne. J’étais en extase permanente quand Olivier me regardait. Qui pouvais-je ? Il a répondu à mon baiser avec une chaleur qui me manquerait bientôt. Ensuite, je me suis rassise et on a savouré nos thés assez tranquillement, mais à la vérité, mes abîmes sentimentaux étaient en alerte, et j’aimais cet état qui m’emmènerait au bord du précipice.

 Quand on est sortis de la panthère blue, mon téléphone a de nouveau résonné dans l’antre de ma veste. Ce n’étaient pas mes parents, je le savais. C’était Ignace-Félix, il réintégrait son couloir ce soir et je n’étais pas sûre que l’homme qui m’accompagnait ce soir apprécie. J’ai proposé à Olivier de jeter un œil la programmation de la soirée, il y aurait peut-être un concert sympa où nous pourrions aller traîner nos guêtres usées. On est passés au Camino, et le premier type que j’ai vu en entrant, c’est Marlon, il s’est alors dirigé vers moi. Olivier était parti au bar, je l’avais chargé de nous ramener des pressions. Je constatais que mon bel étranger était un amateur de jazz, et ça ne me réjouissait pas vraiment, j’aurais préféré éviter que lui et Olivier se croisent avant son départ. Il s’appelait Manuel et il était percussionniste, et si je ne l’avais jamais vu auparavant, c’est parce-qu’il s’était installé dans la région il n’y a que quelques mois. Je lui ai dit trois mots et j’ai ajouté qu’on se verrait plus tard, Olivier et lui se sont vaguement salués et on est descendu à la cave. Il y avait un trio avec Nicolas T, c’était un contrebassiste de la région et un bon ami à moi. J’aimais bien l’écouter, la contrebasse était un instrument d’une sensualité extraordinaire, grosse femme légère et imposante, dont la bonhomie de bois laissait s’échapper des sons que son écuyer intrépide lui arrachait dans un souffle langoureux. J’aimais quand les notes semblaient tournoyer et virevolter au dessus de nos têtes dans un bruissement passionnel. J’aimais quand l’artiste et l’instrument se livraient à ce corps à corps fougueux, duel amoureux sauvage et tendre à la fois. Il y avait pas mal de monde qu’on connaissait et j’ai réussi à m’éclipser. Je m’apprêtais à composer le numéro d’Ignace-Félix quand je me suis aperçue que j’avais cent-cinquante-cinq appels en absence. Il devait y avoir une urgence du côté parental, jamais ils n’insistaient autant. J’ai décidé de passer outre et j’ai réveillé Ignace-Félix. Je lui ai rapidement expliqué qu’il ne pourrait pas venir chez moi durant quelques jours, je tenais à profiter d’Olivier avant qu’il ne s’envole. Félix paraissait ennuyé…

__Je suis avec ma copine, elle a plus d’appartement…

__Ah…

__Je suis désolé Prune, y’avait pas d’autres solutions, on essayera de squatter ailleurs demain.


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25 mai 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 3)



   
 Le restaurant était non-fumeur et je fis un scandale, je m’invectivais contre la législation en cours et son imperméabilité à l’humanité. Si cela continuait, bientôt nous n’aurions plus le droit de fumer des cigarettes dehors. On a fini par nous trouver une petite table à gauche de la porte, juste dans le courant d’air. Autant te dire que si on restait là, j’allais devenir la proie du plus grand rhume du siècle. Olivier m’a proposé de changer d’endroit et j’ai acquiescé. Il s’est excusé quand on est sorti, et ça m’a énervée. Il fallait toujours qu’il s’excuse de tout.

 On ne se donnait pas la main, ça aurait eu un petit air tragique ou pathétique. On ne se regardait pas du coin de l’œil, on se connaissait déjà. Il n’y avait plus de surprise à découvrir chez l’autre, juste une difficulté à déglutir ce qu’il nous arrivait. L’aigreur me serrait l’estomac. On a déambulé dans la ville grise, on a laissé nos pieds nous conduire, le froid n’avait pas encore englouti les frêles passants. L’hiver viendrait bientôt. Je m’imaginais déjà fêter Noël en compagnie de mes parents, je les imaginais chacun à un bout de la longue table, une trêve de quelques heures enhardirait leurs pensées froides et pluvieuses. Les questions fuseraient, chacun essayant d’obtenir mon attention. La guerre serait ouverte et ce serait à qui remporterait Prune. On a finalement atterri dans un kebab, la panthère blue, la pièce était enfumée et la musique agréable. Je savais qu’Olivier ne fumait pas et qu’il aurait du mal à supporter cette ambiance. Il faisait ça pour moi et je trouvais ça normal, même si cela m’exaspérait un peu. Il s’aplatissait devant moi. On n’avait pas beaucoup discuté sur le chemin et les yeux d’Olivier me scrutaient d’un air insondable. Aujourd’hui, je ne savais plus ce qu’il pensait de moi. Son regard désillusionné semblait me passer aux rayons X. Je ne lui avais pas dit mais je ne travaillerais pas jusqu’à son départ, me réservant ce sable si précieux qui s’écoulait trop rapidement. On s’est engouffrés au fond de la salle et on s’est installés sur une banquette vert foncé.


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23 mai 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 2)



 
J’ai attrapé le Elle que Fonnie m’avait laissé. J’aimais lire dans la salle de bain, et ce ne serait pas une lecture trop laborieuse. J’avais trente-un ans, j’avais tenté d’exercer différents métiers, ce qui s’était toujours révélé une catastrophe. J’avais tenu six mois dans un centre pour gamins en difficulté, sinon, en règle générale, je ne dépassais pas le trimestre. Je ne tenais pas les boulots, j’envoyais paître mes patrons à tour de bras et m’égarais trop souvent dans les bras de mes collègues masculins. Il n’y avait que ce labeur au théâtre qui me convienne réellement, et comme j’avais déjà poussé l’intime avec la moitié des types avant d’y bosser, ça n’avait posé aucun souci, je ne réitérais jamais mes aventures d’une nuit. Olivier était le garçon avec qui j’étais restée le plus longtemps, celui qui me propulsait dans un Nirvana prodigieux avant que j’aie eu le temps déboutonner sa braguette. Je l’avais trompé quelques fois mais me connaissant, ça aurait pu être bien pire. La plupart des hommes que je connaissais n’arrivaient pas à la cheville d’Olivier. Ma mère l’avait rencontré une fois. C’était presque le gendre idéal, presque, parce-qu’il n’était pas diplômé d’une haute école de commerce, et que son portefeuille demeurerait celui d’un artiste. Je me rappelle avoir pris cette considération très au sérieux. C’était un argument choc, le leitmotiv de ma mère.

 J’avais beau avoir grandi dans un univers feutré par le fric, je n’en gardais aucun ressentiment. S’il y en avait, il était le bienvenu, sinon, je n’en n’avais que faire, je ne m’attardais guère sur ce genre de détails, ce n’était pas cela qui me guidait dans la vie. Je survolais mon magazine d’un œil volage. Le bain refroidissait. Je m’assoupissais presque.

 Après m’être habillée, j’ai été consulter mes messages. Fonnie s’inquiétait du silence de Barbara, elle avait un mauvais pressentiment. Ça m’a fait rigoler doucement. Quand Fonnie avait décidé quelque-chose, il fallait suivre. Ma mère avait essayé de me joindre à plusieurs reprises. Elle avait la voix glacée et l’humeur cinglante. Je ne risquais pas de la rappeler, pas dans ces conditions-là. Elle allait encore s’étendre sur la tristesse de sa vie et finir par descendre en flèche mon géniteur, et je n’avais pas l’humeur à subir ses discours récurrents. Mon père avait aussi tenté sa chance, il avait l’inflexion posée et un air gêné que je devinais souriant malgré tout. Je ne savais pas ce qu’il avait l’intention de m’annoncer mais il n’avait pas l’air de savoir comment s’y prendre Je me suis installée dans un fauteuil et j’ai attendu que le temps passe. Je me serais bien laissé tenter par un verre mais j’avais décidé de me garder l’âme pure jusqu’à ce soir. Je n’avais pas envie d’arriver au restau complètement déchirée. J’ai allumé mon ordinateur et un craquement sourd a crevassé mon cœur. Ça faisait des mois que je n’avais pas écrit une ligne, et ça commençait à me ronger, comme un petit ulcère. J’avais décidé de m’y remettre quand Olivier se serait envolé. C’était difficile d’attendre sa disparition pour me restituer vierge à l’écriture et c’était un peu surréaliste de me servir de son absence future comme d’une muse éventuelle. Ça éborgnait mon existence. Ça me décimait le quotidien de ne pas écrire. J’avais envie de lamper tous les soirs, et jeter ne serait-ce qu’un œil à mon ordinateur, me refroidissait totalement. J’ai somnolé pendant que mon téléphone se perdait dans de longs glas monotones, je pensais aux sanglots longs de Verlaine. J’avais personnalisé mes sonneries et celles respectives de mes concepteurs mâles et femelles se passaient un relais inexorable et pathétique. Ils avaient laissé un nombre impressionnant de messages que je n’étais pas prête à écouter. Je savais déjà ce que me balanceraient leurs voix habiles ou maladroites. Il était à prévoir que pour la unième fois, je sois amenée à faire l’arbitre dans l’un de ces conflits dans lesquels ils excellaient. Je n’étais pas décidée à décrocher, ni même à porter l’écouteur à mes oreilles. Je devinais ma mère, sèche, maigre et hautaine, embourgeoisée à mourir dans ses derniers apparats de créateurs et ses lourdes boucles d’oreilles d’argents qui déformaient ses lobes, et mon père, maladroit, digne et souriant malgré-lui. J’avais toujours eu du mal à comprendre pourquoi ils s’évertuaient à rester ensemble ou à cohabiter, appelle ça comme tu veux. Cela faisait longtemps qu’il n’y avait plus d’apparence à sauver, cela faisait longtemps que leurs ébats érotiques n’avaient plus cours, disparus derrière la constance de leurs altercations. Je ne savais pas si la contraception était fiable lorsque j’avais fleuri dans le ventre de ma mère mais elle en gardait un souvenir acide. Je l’avais déjà entendu se plaindre à plusieurs reprises des quelques vergetures que je lui avais laissées et de la somme astronomique qu’elle avait déboursée pour les faire disparaître après qu’elle eut été certaine de ne plus désirer d’enfants. Elle avait cinquante ans et en faisait à peine quarante, de loin. Vue de près, il était facile de voir que son visage était plastifié, figé dans un temps auquel elle s’accrochait désespérément et qui ne reviendrait jamais, et de cela, elle  en avait la conscience âpre. Mon père n’était pas beaucoup plus jeune, à peine une année les séparait tous les deux mais un étang de discordes et de non-dits les avait éloignés à jamais l’un de l’autre, et plus la vie s’avançait dans l’âge du temps, plus mon père réduisait celui de ses amantes. Sophie n’avait pas trente ans, elle était intelligente, douée et patiente, elle finirait par avoir mon vieux à l’usure. Je trouvais son prénom banal mais je savais aussi qu’il était d’une tristesse ineffable. J’avais toujours refusé de lire « le choix de Sophie », par peur et parce-que je n’avais aucun recul, ni dans le documentaire, ni dans la fiction. Je me projetais cœur en avant dans ce tout ce que je lisais. Je ne serais cependant jamais une amoureuse, même s’il m’arrivait de lâcher une larme au détour d’un téléfilm bidon. Je n’épouserais jamais Olivier même si sa bague n’était en réalité qu’un symbole ou la métaphore d’une image idyllique. Olivier, la vision de son nom en lettres flottantes dans mon cerveau me fit réagir. Il était l’heure. J’enfilais mon manteau, mes bottes, me collais une cigarette au bec et claquais la porte. Mon portable résonnait dans ma poche, mes vieux continuaient, excédés j’imagine, à tenter de me rapprocher de leurs désaccords détestables. Le trottoir luisait avec douceur et irréalité, il avait plu à nouveau. Je glissais jusqu’à Olivier.


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22 mai 2008

Accords frôlés, ch 3 (partie 1)


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Un dîner sur le pouce

 J’étais finalement rentrée chez moi, j’avais préféré ne pas rencontrer son père. On avait réussi à se mettre d’accord, on avait décidé de se faire ce fameux restaurant que j’avais refusé la veille. On avait convenu qu’il logerait chez moi jusqu’à son départ. L’ultimatum était repoussé jusqu’à l’extrême limite. Je lui aspirerais l’âme jusqu’à la dernière goutte, jusqu’à la dernière seconde.  Il me restait quelques heures avant qu’Olivier ne me rejoigne, je me suis fait couler un bain et je m’y suis plongée avec volupté. J’y ai versé des sels de toutes sortes mais l’eau ne se colorait jamais assez à mon goût. J’aurais aimé m’enfoncer dans un bain irisé de mille teintes. Mon sexe était gonflé et sensible, je sentais mon sang y palpiter assidûment. J’essayais d’imaginer ce que serait ma vie après Olivier, quand il serait parti. Mon sexe s’arrondirait-il de désir alors qu’il serait à cent lieus de lui ? J’essayais d’imaginer son absence et de la projeter sur l’écran de mon quotidien poussiéreux ? Qu’allais-je y perdre ? Quelles plumes laisserais-je dans cette histoire ? Je ne pouvais ni vivre avec les hommes, ni sans eux. Ce n’était pas une grande découverte, je le savais déjà, non ce qui était nouveau, c’est que pour la première fois de ma vie, ça semblait me poser un problème. J’avais revendiqué mon indépendance bien des fois, m’imaginant âgée de quarante années, seule, et heureuse de me catapulter dans cet espace égoïste. J’avais déjà imploré mon gynécologue de me ligaturer les trompes, j’aurais été tellement aise de me débarrasser de certains de mes organes. Mon médecin ne m’avait pas ri au nez, il avait pris un air grave et m’avait gentiment proposé le stérilet. Il paraît que j’avais de la chance, ils ne faisaient pas tous ce genre de proposition quand on n’avait pas encore enfanté. Je lui avais tenu un discours tellement virulent sur la maternité et sur la reproduction qu’il m’avait filé l’adresse de l’un de ses confrères psychologues. Je me demandais bien ce qu’ils avaient tous à vouloir m’envoyer paramétrer ma vie autrement. Je ne pouvais quand même pas changer les données qui m’avaient construite. Mes parents n’avaient eu qu’un môme et je ne tenais pas à prolonger la lignée. Ça ne les désespérait même pas mes vieux. Ils avaient d’autres trucs en tête. Ma mère voguait de lifting en lifting et mon père s’envoyait ses copines presque sous son nez. J’avais été anorexique quelques années, je n’étais pas passé bien loin de l’hospitalisation mais par bonheur, un instinct de survie m’avait toujours tenu éloignée de cet endroit. Le jour où ils avaient comploté et décidé de m’y envoyer, j’avais balancé à mon paternel que si je rentrais là-dedans, je n’en ressortirais que les pieds devant. Je n’avais pas beaucoup de souvenirs de cette époque, à croire que j’avais enfermés ces fichus lambeaux d’existence dans des tiroirs bien verrouillés. Je n’avais jamais desserré les dents devant les médecins, personne n’avait trouvé comment le truc avait commencé, comment je m’étais laborieusement transformé en tige. La jolie fleur éclatante que j’avais été dans la petite enfance et la chieuse qui l’avait supplantée s’étaient toutes deux trouvées dépossédées de leur beauté.


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20 mai 2008

Accords frôlés, ch 2 (partie 8)



   
J’ai levé la tête et j’ai plongé mes yeux dans son regard voilé de toute cette incertitude que la vie lui offrait laconiquement. Je n’ai pas répondu, j’étais troublée et j’avais perdu mon bel aplomb.

__Je suis vraiment désolée pour Magda mais je suis sûre que…

 Je n’ai pas continué, ce que j’allais dire était ignoble, je n’ignorais pas que cette gamine de vingt ans souffrait abominablement. Fonnie l’avait rencontré et elle avait réussi à me glisser que cette môme avait un regard à ébranler le mur des lamentations. Je pensais tout simplement que Magda devait arrêter de souffrir.

__T’écoutes quand ça t’arranges…

__Je sais, on me l’a déjà dit, ai-je rétorqué promptement.

 Il a fini par en prendre son parti, il m’a pris dans ses bras et m’a déclaré qu’il pensait que j’allais m’apercevoir qu’il me manquerait. J’ai plongé tout au fond de son regard, mais je n’ai pas su déceler s’il plaisantait.

__Allez, à poil Prune !

 Je me suis levée prestement et il m’a poursuivie dans tout l’appartement, il avait raccroché un sourire à ce visage qui me plaisait tant. On a fini par s’enfouir au fond du lit, et le sexe nous a surpris dans toute sa transe. J’aimais de plus en plus son corps. Plus le temps s’écoulait et plus je voulais être avec lui, et je me demandais quelle pouvait en être la raison. J’ignorais alors que c’était la confiance qui me taraudait doucement, mais, je mettrais du temps à m’en apercevoir.

 Un matin étrangement calme est venu relayer nos ardeurs animales, et je l’ai regardé enlever les draps du lit. On ne dormirait plus jamais dans cette petite chambre. Ce jour était le dernier et j’ai eu l’impression que mes trente-et-un ans me revenaient dans la gueule comme un boomerang. Je me suis rendue compte que deux ans avaient passé et que nous en étions toujours au même point tous les deux. Je ne serais jamais capable de construire quelque-chose. On a mis les draps dans un sac, et le reste de ses affaires aussi. Son père allait arriver avec le break et ils finiraient tous deux de vider les lieux.

 Je décampais finalement et leur abandonnais le sale boulot.

 

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19 mai 2008



   
Tu t’étais aperçue ce jour-là que les autres n’existaient pas uniquement pour te contenter, ils couraient aussi après une existence qui n’appartenait qu’à eux seuls, une existence, que longtemps, tu avais cru tenir au creux de tes mains. Mains qui n’étaient ni diaphanes, ni pâles, ta peau était vêtue depuis toujours d’un hâle que beaucoup t’envieraient encore longtemps. Il fallait redescendre sur terre, quitter le ciel et ses songes, redescendre enfin sur le tertre des humains si tu voulais un tant soi peu jouer dans la réalité. Jouer, ce terme te paraît aujourd’hui désuet. Jouer…
 Usurper, détruire, manœuvrer, ces mots te colleraient plus tard à la peau comme une seconde mue. Jake avait beau avoir quelques années de plus que toi, tu le tuerais, sans préambules, sans artifice, uniquement pour le plaisir de le voir te promettre des poussières d’étoiles au bord de ses larmes. Petit à petit. Il se désagrégerait doucement, comme seul, un désamour était capable de mourir. Il s’étiolerait sous tes yeux humides, mais tu ne pourrais rien y faire. Le foutre des hommes que tu ramènerais dans ta couche achèverait de le précipiter pour une éternité d’errance. Et puis, il te quitterait en prenant la fenêtre. Pas la porte, la fenêtre. Les témoins diraient qu’ils avaient vu son saut grandiose, son envol…
 Il déplierait ses ailes en arrivant au sol, mais personne ne saurait jamais s’il avait, ne serait-ce, fait qu’effleurer la terre. Personne n’avait eu l’œil aussi alerte et n’avait été capable de dire si c’étaient les ailes de la mort qu’ils avaient vu ce jour-là, ou autre-chose...


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