Au fil de l'Oésie . . . . . . . . . . . . . . . . . . textes de Bérangère Morel

Être poète, c’est arrêter le temps, c’est saisir cet instant invisible et le décupler à l’infini sur le papier, ou ailleurs, ou autrement… Être poète, c’est aller en avant en conscientisant tes racines et le temps. Ressentir… Plier…

17 mai 2008

Accords frôlés, ch 2 (partie 5)



   
J’ai lancé la polémique de cette façon et j’ai demandé à l’assistance si quelqu’un avait des choses à dire sur le sujet. Certains me comprenaient, d’autres pas. Olivier a fait celui qui n’avait rien entendu, et quelqu’un a dit que plus on vieillissait, plus ça devait être difficile de laisser filer la vie de la sorte. J’ai ri, j’ai ri aux éclats en tournoyant sur moi-même, et je suis allée chercher à manger dans la cuisine. L’alcool commençait à me plomber la soirée et mes épaules perdaient leur port classieux. Je ternissais à vue d’œil et il était impératif que je mange quelque-chose de consistant. Une fois repue, je suis allée m’effondrer dans le lit d’Olivier. Son odeur était là, tapie dans l’ombre, prête à me faire mordre les draps. Ce type avait les phéromones les plus puissantes que je connaisse, et pourtant ça faisait deux ans qu’on était ensemble. Deux années que l’on cahotait sur un chemin escarpé, et les ronces et autres mauvaises herbes, ne se gênaient pas pour nous écorcher ce qu’il nous restait de cœur.

 Le sexe occupait une bonne partie de mon cerveau. J’avais un sexe à la place du cerveau m’avait un jour balancé un ex. Je ne savais pas comment c’était possible mais c’était comme ça que je fonctionnais. Je me suis couchée habillée, j’étais saoule mais il me restait ce qu’il fallait de conscience pour savoir que j’étais de nouveau en fuite. J’avais souvent eu des illuminations aux portes du sommeil, l’inspiration m’assaillait parfois violemment quand l’alcool chevauchait à l’intérieur de mes veines et que je n’avais plus la capacité de me servir d’un stylo. J’étais triste et contente à la fois. Je savais que l’extase se rapprochait et le fait de le sentir tout prêt, même pour une nuit ou deux, me satisfaisait. Cette nuit, il serait à moi. Ce soir, je ne pourrais pas voir plus loin que le bout de son sexe. Barbara adorait que je dise cela, de toutes mes expressions, c’était celle qui la faisait rire aux éclats. Elle m’avait toujours trouvée très juste dans le choix de mes mots.

 Quand j’ai eu trop chaud, je me suis dévêtue et j’ai du même coup fait valser ma culotte. Il voulait discuter, j’allais lui servir de la matière. Il n’allait pas être déçu…

 Je ne l’ai pas entendu rentrer dans la chambre, je crois qu’il faisait déjà jour, enfin, il était tard. C’est son haleine qui m’a extirpée de mes rêveries. Je l’avais rarement vu boire, visiblement, j’avais raté quelque-chose. Une première. Olivier était imbibé jusqu’à l’os, alors que mes flâneries éthyliques, elles, s’étiolaient sous les derniers rayons d'une lune mourante. Il n’était plus en mesure de discuter. J’avais eu quelques heures de sommeil paisible et je savais que le marchand de sable ne repasserait pas de si tôt. Il était inutile que je m’évertue à essayer de me reposer avec ce bruit de tronçonneuse dans les oreilles. Ça me résonnait férocement dans la tête. Je crois que je préférais quand il ne buvait pas. Je suis allée me chercher un verre d’eau alors que l’aube s’exerçait à moucheter le plancher de la cuisine de ses lueurs invraisemblables.

 J’ai entrepris de me faire un café avec la machine italienne. Je me suis accoudée à la fenêtre et j’ai contemplé le soleil faire du rase-motte sur les toits d’ardoises et de tuiles. La pluie avait balayé toutes les impuretés de la veille et la journée s’annonçait magnifique. Le trente-et-un octobre approchait à grands, j’essayais de ne pas y penser mais je savais qu’Olivier serait peut-être parti ce jour-là. L’an dernier, on s’était tenu la main toute la journée. On avait passé un moment agréable et on avait presque fait l’amour dans la rue. Je me souviendrais longtemps de ce trente-et-un octobre. Un des rares jours où je n’avais rien déguisé.


 


Posté par blairaudes à 08:36 - Roman, accords frôlés - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bonjour Bérangère,

en témoignage et pour encouragement, parce que je sais qu'écrire coûte, je prends beaucoup de plaisir à te lire et à suivre cette histoire.

Bien à toi.

Amicalement Alain

Posté par Alain, 17 mai 2008 à 10:39

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