15 mai 2008
Accords frôlés, ch 2 (partie 3)
Je ruminais ma mauvaise humeur en grinçant
des dents et pourfendais mon matelas de quelques coups de poing. J’en voulais
beaucoup plus à Olivier que je ne voulais me l’avouer, et les raisons que
j’invoquais, je devais m’en apercevoir plus tard, n’étaient que farce et
mystification. Où Olivier avait-il donc appris la vie ? On n’avait visiblement
pas été à la même école, et même si nos milieux sociaux culturels ne
différaient pas énormément, il était clair que nous nous étions construits de
façons opposées. Je ne suis pas en train d’essayer de te convaincre que j’étais
celle qui avait sa raison pour elle et qu’il portait tous les torts à bout de
bras. Olivier et moi, avions pris du bon temps et vécu des moments
inoubliables. Je dévastais mon esprit de pensées plus noires les unes que les
autres. Je subissais déjà les opprobres de son départ. Je n’avais pas envie
qu’il s’en aille, je voulais qu’il assume jusqu’au bout son amour pour moi. Je
voulais qu’il se batte jusqu’à en presque mourir. Je voulais qu’il me devine
simplement, et qu’il soit digne de l’amour que je pourrais lui rendre. Fonnie
m’aurait crevé les tympans dans un hurlement de loup-garou si elle s’était
baladée dans mes circuits neuronaux à cet instant précis. Je passais environ
une heure les pensées prisonnières de ma mauvaise étoile. J’essayais en vain
d’avoir Barbara mais son portable ne répondait pas. Je savais qu’elle n’aurait
pas eu une réaction aussi dure que celle de Fonnie. Les mecs, elle n’en voulait
pas avec la corde au coup. Le rôle d’amante lui convenait mieux. Au moins, avec
elle, j’aurais eu les chances d’établir une bonne défense. Je jetais un œil à
la fenêtre, le ciel s’irisait doucement de noir sidéral. J’essayai à nouveau de
joindre Barbara, sur son fixe cette fois, mais Adrien ne savait pas où sa mère
avait disparu. Ça faisait trois jours que durait son escapade et elle ne serait
pas là avant une bonne semaine, c’est tout ce qu’il savait. Voilà pourquoi elle
n’avait pas rappliqué, elle s’était fait une fois de plus un plan solo. Il
était étonnant que Barbara ne nous ait pas soufflé mot de ses projets. Elle
avait disparu depuis le début du week-end sans avoir prévenu ses copines, en
l’occurrence, Fonnie et moi. Etait-elle en fuite avec son amant ? Avait-il
quitté sa femme ? Je m’étendais sur ma couette dans une impassibilité
nouvelle. Les battements de mon cœur s’accordaient parfois avec le tic ou le
tac de mon réveil. Et quand ces deux bruits s’unissaient au diapason dans un
tempo saccadé, il me semblait me voir dévaler l’escalier et courir vers
Olivier. Au bout d’un moment, je n’ai plus tenu, savoir qu’il profitait de
l’une de ses dernières soirées sans que je sois présente me glaçait d’hébétude.
J’ai rapidement passé une veste de cuir sur ma carcasse silencieuse et je me
suis précipitée devant les portes du restaurant. Il n’y avait personne, ni Olivier,
ni Fonnie. Personne et aucune réservation. J’ai erré comme une âme perdue à la
recherche d’une compagnie quelconque. J’ai bu quelques mousses dans un bar et j’ai
perdu mes yeux dans une éternité embuée de vapeurs éthyliques. J’ai croisé
trois copains et tapé la causette avec quelques vagues connaissances. A la Gargouille,
il y avait un concert de jazz et un type avec lequel j’avais égaré une nuit ou
deux est venue prendre de mes nouvelles. Le tempo faisait battre mon sang,
bientôt mon pied droit rejoignit le groove alors que les envolées du
saxophoniste me transportaient dans un autre monde. J’étais en pleine euphorie
quand des yeux se sont plantés dans les miens et m’ont souri. Le type était
exactement comme je l’aurais imaginé s’il avait fallu que je m’invente un
profil d’homme idéal. Il avait un casque à la main et la prunelle noire,
l’archétype du tombeur professionnel. Marlon Brando à Vingt ans, quand il était
sexy et désirable, James Dean en brun. J’ai pas eu le temps de lui dire ne
serait-ce qu’un mot car je suis tombée sur Mathieu, un copain d’Olivier, qui
m’a demandé si je comptais me rendre à sa soirée. C’est comme ça que j’ai
appris que le restau avait été annulé et que Fonnie continuait à découcher.
C’est comme ça que j’ai été guillotinée une première fois et que j’ai changé de
visage en une seconde. Le salaud, il venait de me planter, et salement. Pouvais-je
quelque-chose contre cela ? Étais-je vaccinée contre la déroute ? Il
m’offrait une monture en me demandant de l’attendre en retour, il me conviait à
un dîner en tête à tête qu’il annulait à la dernière minute, et ce, sans
prendre la peine de me prévenir, et tout ça pour les beaux yeux de Fonnie.
J’étais remontée, j’envoyais un sourire rapide et enjôleur à Marlon et
je sortais en compagnie de Mathieu. Je n’essayais plus de comprendre pourquoi
Olivier n’avait pas reconduit son invitation. Je te l’ai dit, je voulais des
preuves. Des preuves. Je me doutais bien que ma réaction l’avait blessé mais il
ne fallait quand même pas exagérer, ce n’était pas moi qui fuyais la situation.
Pourquoi est-ce-qu’il voulait tout, et tout de suite ? N’était-il pas
capable d’attendre ? Après tout, cela ne faisait que deux années que nous
partagions la couche. J’ai dérivé dans la ville, harnachée à Mathieu qui avait
dû boire autant que moi, il faisait beaucoup la fête depuis que sa compagne
avait accouché. Cela faisait deux mois qu’il arrosait ça, et Barbara et Fonnie
s’étaient demandées à plusieurs reprises pour quelle raison il préférait saluer
l’évènement dans la rue ou dans les bars, plutôt que chez lui. Je savais que sa
copine était vraiment cool et je n’avais jamais pensé une seconde que cela puisse
la déranger. Ils étaient différents et se laissaient de grandes plages d’indépendance,
c’était tout. J’ai demandé à Mathieu d’un air ironique s’il pensait que je
devais passer chez moi prendre mon fer à repasser, mais il n’a pas saisi
l’allusion, Olivier n’avait pas dû s’égarer sur le sujet. Je n’insistais pas. Je
n’avais qu’une envie, c’était faire payer à ce type qui disait m’aimer, cet
affront. Je voulais lui faire mordre la terre et l’amener à me supplier de le
reprendre, quoique je fasse par la suite.
Commentaires
Elle est bien exigeante en amour ...
Oui mais bon, son homme idéal a un casque de moto.
L'archétype même du mâle.
Il a forcément un casque à la main, et ça subodore une moto dans l'autre...
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