06 mai 2008
Accords frôlés, ch 1 (suite 12)
Je n’avais pas de table haute, chez moi, on
dînait dans de confortables fauteuils à trente centimètres du plancher. On
pouvait même s’allonger sur les coussins tout en buvant ou ripaillant, mais je
n’avais jamais organisé d’orgie malgré les bruits qui couraient sur mes soirées.
J’ai descendu la bouteille et j’en ai ouvert une autre. J’avais besoin de
m’évader. Ce soir, les saveurs exquises de mon ambroisie allaient m’accompagner
jusqu’aux portes de mes rêves. Fonnie est partie s’allonger sur mon lit vers
minuit, on n’avait toujours pas eu de nouvelles de Barbara et on se demandait
ce qu’elle faisait. J’ai attrapé mon portable, histoire de voir si elle ne
m’avait pas laissé de messages, et j’ai découvert avec un bel effarement qu’il
était à plat. Sale journée. Je ne savais pas si Olivier était le catalyseur de tous
les ennuis qui s’amoncelaient, mais une chose était certaine, c’est lui qui
avait lancé les hostilités, et me connaissant, je savais que j’allais lui en
porter ombrage. Il me semblait qu’il pouvait encore descendre dans mon estime.
Je lui en voulais terriblement et je percevais au plus profond de chacune de
mes cellules, la haine que je nourrissais à son encontre. Je commençais à être
sérieusement attaquée par l’alcool. Je n’avais plus les idées très claires depuis
que j’avais décimé la première bouteille.
Fonnie avait prévu de dormir chez moi, et on s’est installées dans mon lit, devant la télévision. J’avais la haine facile et l’esprit pas vraiment frais. J’avais le crâne endigué par Olivier. Il n’était pas dans mon lit et pourtant, il me remplissait toute entière. J’étais prête à exploser. Ça montait jusque dans ma tête et ça tambourinait violemment dans mes temps. J’avais chaud aussi, mais ce n’était pas une chaleur agréable. Et puis, soudain j’ai compris que ce n’était pas Olivier qui me remplissait toute entière, mais la boisson qui fermentait dans mes entrailles. Ça a éclaté d’un seul coup et j’en ai mis partout. Fonnie a poussé un hurlement digne de ce nom pendant que l’héroïne du feuilleton qu’on regardait s’envoyait au septième ciel avec un avocat plein aux as.
__T’es dégueulasse Prune, t’aurais pu faire attention, merde !
J’étais déjà dans les toilettes quand elle a fini sa phrase, et je peux te dire que j’y passais un sacré moment. Quand je regagnais ma chambre, il y flottait une odeur pestilentielle. Fonnie avait déserté l’endroit et s’était réfugiée dans le salon. J’ai enlevé la couette et les draps et je me suis empressée de les mettre dans la machine à laver. Ensuite, on a ouvert toutes les fenêtres et aéré l’endroit comme on pouvait. Tout pendant que je m’activais, je reprenais des couleurs et une haleine mentholée m’auréolait de fraîcheur, Fonnie m’avait offert un chewing-gum sans sucre. Je trouvais des draps propres roulés en boule au fond de l’armoire, et finalement, quand on s’est recouchées, on s’est aperçu que ça devait faire un bail que je n’avais pas dû les changer.
