Au fil de l'Oésie . . . . . . . . . . . . . . . . . . textes de Bérangère Morel

Être poète, c’est arrêter le temps, c’est saisir cet instant invisible et le décupler à l’infini sur le papier, ou ailleurs, ou autrement… Être poète, c’est aller en avant en conscientisant tes racines et le temps. Ressentir… Plier…

30 avril 2008


Solveig

 Rachel se demandait ce qu’elle allait mettre ce soir. Elle était partagée entre l’envie de revenir et la peur. Rachel avait toujours été une trouillarde. Certes, elle n’avait jamais eu peur des types friqués avec qui elle sortait quand on était au lycée, suivre un homme dont les tempes ressemblaient étrangement à celles de son père ne faisait serpenter aucune angoisse en elle. Elle ne savait simplement pas s’exprimer sur ses propres sentiments, elle était comme bloquée quand il s’agissait de parler d’elle ou de sa peinture, paniquée par le fait de se justifier de quelque-chose qu’elle ne voulait pas intellectualiser. Parler d’elle et de Tom était difficile. Elle avait mis du temps à nous apprendre à moi et à David ce que nous savions déjà.

 Elle portait toujours ses cheveux sur le dos, et même s’ils étaient aujourd’hui plus courts qu’autrefois, cela lui allait merveilleusement bien.

 Elle enfila une robe légère et se regarda à nouveau dans la glace. Elle ne se reconnaissait pas, ou peu. Ses cheveux étaient pourtant bien les mêmes, mais quelque-chose au fond de son sourire, ou de ses pupilles bleutées, avait changé, quelque-chose de sordide s’en était allé. Elle s’en voulait, pensant peu à Billie, ou même pas du tout, et pourtant, il y avait des œstrogènes qui fleurissaient dans le corps de sa fille. Billie avait grandi, elle avait des désirs qui pouvaient s’apparenter à ceux d’une femme.

 Rachel se rendit une dernière fois devant la glace, et encore là, elle se reconnut à peine.

 Oui, Rachel, une autre femme était apparue aujourd’hui, quand Tom et toi, aviez fait l’amour, comme tu le dis si bien. Te rappelles-tu Rachel, de ce jour où, sur la banquette arrière d’une mustang, tu avais perdu ta virginité ? Te rappelles-tu de ce garçon aux cheveux noirs qui aimait défier le temps en roulant si vite qu’on aurait dit qu’il voulait rattraper le vent ? Ce garçon-là n’était que du vent Rachel, justement ; et quand il s’était tué, et que tu n’étais pas dans la voiture parce-qu’une femme t’avait supplantée, tu n’avais pas dit un mot. Tu avais beau en paraître dix-huit ou vingt, tu n’en n’avais que quatorze, pas quinze, comme tu te plais à le dire, et le crime n’avait pas eu lieu dans une porche mais dans une mustang, et l’homme n’avait pas l’âge d’être ton père Rachel, non, cet homme-là viendrait plus tard. Tu avais rencontré David l’été avant notre entrée en classe de seconde, et il était mort à la Toussaint, comme s’il avait choisi que ce jour serait  le dernier pour lui. Il venait d’avoir vingt-quatre ans, et celle qu’il avait emmenée dans son sillage en avait à peine vingt-six. Les journaux en avaient parlé, et toi, tu avais fait comme si ce garçon, cet autre David, n’avait jamais existé. Pas une larme Rachel, pas un regard pour celui dont tu te croyais amoureuse. Tu n’étais pas allée à l’enterrement, et tu t’étais bien vite égarée dans d’autres bras, ceux dont les visages avaient des temps plus grises. C’était facile pour toi de sortir, personne n’aurait jamais pu imaginé que tu n’avais que quinze ans, personne n’aurait jamais songé à te demander ton âge. De cet autre David, tu n’avais gardé que l’appétence des voitures de sport, fussent-elles de petits bolides ou de simples objets de collection. Et pas une larme Rachel, pas un regard pour celui à qui tu avais donné ton premier sang…


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Gynécées, Hubert Félix Thiéfaine (extrait)




Nous sommes tous un peu trop fragiles
A regarder tomber la nuit
Sur le vert-de-gris de nos villes
Avec nos amours sous la pluie
Dans cette grisaille silencieuse
Où les regards de nos déesses
Deviennent des ombres orageuses
Et chargées d'étrange tristesse

Elles
Magnifiquement belles
 
Elles
Magnifiquement
(...)

 

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Accords frôlés, ch 1 (suite 9)



__Salut Prunette !

  Elle m’accrocha deux grosses bises sur les joues et ajouta : Alors, qu’est-ce-qu’il t’arrive encore ?

 A contempler les sillons de mon visage, on devinait facilement les conjectures qui habitaient mon âme. J’avais même essayé de pleurer, et c’était une chose rare chez moi. Je suis allée lui chercher un verre de jus d’orange. Fonnie arborait toujours une attitude exemplaire lorsqu’elle était enceinte, elle ne touchait ni à la clope, ni à l’alcool, ce que nous, ses amies, trouvions un peu long, sans compter qu’elle allaitait toujours ses gosses pendant des mois. Restait un plaisir, son addiction, le sexe, elle ne se privait pas et exténuait son compagnon quand il n’avait pas décidé de passer la nuit sur son ordinateur. Je jetais un vague œil à son ventre.

__Il bouge ton vers ?

 Elle a ri doucement, elle me connaissait bien, sous mes allures de célibattante merdeuse j’adorais ses filles. Elle a relevé son pull et m’a exposé son ventre rond. Je comparais volontiers son enfant à un vers de terre, des torsions s’observaient sous sa peau tendue.

__Alors Prune, qu’est-ce-que tu as encore fait ?

 J’ai dodeliné doucement de la tête en écornant mes résistances, le sourire anodin dont j’essayais de vêtir mon visage s’étiolait dans une grimace tordue, et pourtant, je n’avais pas envie qu’elle me voit pleurer. Je ne voulais pas pleurer, mais je savais que d’ici cinq minutes, j’allais faire exploser le compteur de mes glandes lacrymales si elle continuait à me dévisager de la sorte.

__Oh Fonnie, c’est Olivier…

 Je me suis mordue la lèvre tant j’étais tendue et j’ai fini par en broyer réellement un morceau. Le goût du sang se répandait agréablement dans ma bouche et je pensais à Ignace-Félix. Qu’avait-il pu ressentir quand je lui avais placardé mon fer en pleine face et qu’il avait senti son sang gicler sur le parquet. J’étais idiote, il n’avait pas pu flairer le goût du sang, il était knock-out avant de ressentir la moindre émotion. A la limite, on aurait pu poser la question au parquet qui gardait depuis ce jour une marque étrange que j’avais astiquée chaque jour durant deux semaines. Cette mare de sang, devenue une auréole ambrée, revenait chaque matin avec une défiance incroyable. Des interrogations avaient surgi. Le bois avait-il une mémoire, à l’instar de l’eau. Le bois se souvenait-il et avait-il décidé de me rappeler mon funeste geste chaque jour que ma vie ferait. N’était-ce-pas la farce vengeresse d’un vilain fantôme[1] ?

__Il est parti, enfin, il va se casser loin d’ici…

 J’ai laissé ma voix se répandre hors de moi et, comme une étrangère, je l’écoutais d’une oreille absente. Elle était à la fois sèche et tremblante. J’ai tout raconté à Fonnie, je n’ai pas omis un seul détail, j’ai tout dit. J’ai repris à partir du fer à repasser car elle ne connaissait qu’une partie de l’histoire. Elle était au courant qu’Olivier et moi, on avait recommencé à se voir mais elle ne savait pas dans quelles conditions on avait repris notre affaire. Elle trouvait souvent que je poussais le bouchon un peu loin. Elle pensait qu’Olivier était la meilleure chose qui me soit arrivée depuis longtemps. Elle savait que je le faisais souffrir, que je lui rongeais l’âme à force de caprices et d’extases infidèles, que je lui écorchais le cerveau à trop vouloir ne pas l’aimer. J’étais incompétente de l’amour et ce n’était pas un scoop. C’était même de pire en pire depuis que je m’étais avorté de Luc. J’avais l’habitude de dire ça comme ça, comme si j’avais mis Luc dans mon ventre et que je l’avais tué. Je n’avais pas tué Luc, ou peut-être que si, mais c’était une vieille histoire. Je ne l’aimais pas, et lui non plus, et comme ce n’était pas un personnage franchement sympathique, c’était mieux ainsi. Fonnie a trouvé le déploiement d’inventivité et le romantisme d’Olivier absolument fantastique. Elle le trouvait simple et extravagant à la fois, et à ses yeux, cela faisait de lui un type qui avait toutes les chances de me conquérir. Je lui expliquais qu’il se tirait en Tchéquie, vraisemblablement sur les traces de ses origines, à la conquête de lui-même…

__T’es vache Prune, il n’a pas besoin de ça Olivier. Il sait déjà qui il est. Il va prendre l’air, et franchement, si tu veux mon avis, c’est pas un mal ! Tu ne veux pas de lui et il fait ce qu’il a de mieux à faire pour vivre sans toi…tout ça, c’est toi qui le provoques…

 Elle dégainait l’artillerie lourde, Fonnie, je n’aimais pas quand elle parlait ainsi, mais je savais qu’elle n’avait pas complètement tort. Seulement je l’avais appelée parce-que j’avais besoin de réconfort, de mots qui bercent.

__Tu me montres la bague ?

__Putain, merde…

__Prune…tu l’as pas oubliée quand même ? Tu lui as pas fait ça ?



 

[1] Le fantôme de Canterville, Oscar Wilde.


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29 avril 2008



   
Lorsqu’il se mit au lit le soir, devant quelques bûches qui flambaient, Philomène n’en finissait pas de danser devant ses yeux rêveurs, il la voulait, là, maintenant, à ses côtés. Il la voulait tout contre lui, entre ces draps où elle s’était dévoilée, dans l’impudique murmure de soupirs extatiques. Il voulait l’odeur de son corps mêlée à celle, plus sucrée, du musc et se réfugier contre elle, dans toute la force qu’elle possédait.

 Le temps lui paraissait de plus en plus long, les secondes n’étaient plus des secondes, mais des heures. Il lui ferait un thé, pendant qu’elle lui raconterait l’Afrique, son Afrique, il était si impatient d’entendre ses histoires.

 Allongé, il croquait, sans faim, dans des tartines de chèvre grillées qu’il s’était confectionné, elles avaient un drôle de goût d’amertume. Il ne comprit pas pourquoi, ni ne chercha la raison de cet étrange phénomène.  

 Il savait que le sommeil ne viendrait pas tout de suite, il s’était couché tôt, avec un tas de livre à ses côtés. Encore une fois, il avait les pensées en ballade. Il était sorti de l’enfance avec un fardeau si lourd, qu’il s’était interdit l’entrée d’un enchantement sentimental, avec des émotions plombées sur des circuits neuronaux qu’il n’utilisait plus depuis longtemps.

 La chose était en train de se réveiller.

 Il fallait décrasser tout ça ! Est ce que son cœur serait plus léger après ? Est ce qu’il porterait encore longtemps les stigmates de l’amour exclusif d’une mère morte, alors qu’il devenait homme ?

 Et cette enveloppe, sûrement jaunie, depuis ce temps, qu’avait-il eut peur d’y trouver ? La vie aurait-elle été plus simple ? Il n’en n’était pas si sûr…

 Il allait ouvrir cette porte et y trouver ce qu’il avait fui toutes ces années. Son adolescence cyanosée allait lui éclater à la gueule. L’apprentissage décalé qu’il avait eu de l’existence, à côtoyer la maladie entrelacée de mort, à croiser le trépas, dans ce service ou les cérémonies mortuaires, régnaient sur ses rangées de fidèles, allait finir par l’absorber tout entier.

  Les courses à la pharmacie, les prises de sang régulières…

 Il voulait oublier tout çà !

 Le sommeil ne s’invitait pas ce soir, si Philomène avait été là, au moins ! Il n’aurait pas trouvé au fond de son lit cet ennui démesuré de vide terrifiant, la terreur de glisser dans des limbes léthargiques quand sa ténacité des perceptions s’accroissait dans une régularité exponentielle qui le glaçait d’effroi. Son esprit entier, jouait en osmose, de tous ces sentiments antinomiques, qui pour une fois, se complétaient mirifiquement.

 Le temps était venu de tourner les pages de son histoire, s’il voulait trouver, au détour de la tendresse, des matins bleus, luxuriants de bonheur.

 Soudain, comme ça ! Il voulait que le bonheur lui crépite des mélodies amoureuses, dont il avait rêvé à l’infini, plus jeune. Mélodies vite remplacées par des complaintes si sombres qu’il en pleurait à l’étiolement de sa nuit, lorsqu’il s'anesthésiait de souffrance, dans ses draps d’enfants.

 Il lui fallait juste un truc pour lui donner le courage. Une impulsion.

 Il n’avait pas envie de boire, ni de fumer !

 Il devait trouver ça en lui.

  Il se déshabillait des chimères futiles, qu’il avait entretenu jusqu’ici, il se dévêtait de ses délires sentimentaux. Et aujourd’hui, débarrassé de ses ultimes oripeaux, il pouvait prétendre à cette quête, autrefois impossible.

  Son âme, ni noire, ni blanche, savait que ce jour tant craint était venu. Etrangement, il se sentait soulagé d’avoir pris enfin cette décision qu’il reculait depuis treize ans. Seulement, il y a treize ans, il se serait flingué s’il n’avait pas enfermé tous ses déboires existentiels dans la pièce d’à côté.

 Il tenait la clé serrée dans sa main, il aurait préféré tout péter, selon l’expression de Sibille, mais à l’heure qu’il était, il n’était pas certain que la voisine apprécierait.


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Mes sourires se lissent

 

Et deviennent esquisses,

 

S’agrippent à tes fragrances,

 

Pour transformer ton sourire,

 

En un chatoyant désir,


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Accords frôlés, ch 1 (suite 8)



__Qu’est-ce-que tu fous là ? Lui ai-je demandé.

 Il voulait absolument parler à Sonia, la femme qu’il avait quittée, elle venait de se tirer avec son amant, et il ne comprenait pas. Il niait leur relation avec une mauvaise foi qui frôlait la psychose. Il n’était pas cinglé pourtant, seulement jaloux, mais ce n’était pas la première fois, et cela donnait parfois à ses yeux bleus des allures de psychopathe averti. Il ne pouvait pas comprendre que Sonia ait retrouvé quelqu’un si vite, il pensait la voir malheureuse le restant de sa vie. L’amant en question mesurait douze centimètres de plus que lui, possédait au demeurant un sexe d’une taille bien plus intéressante, et qui plus est, il savait diantrement s’en servir. Non, tout cela, il ne pouvait pas comprendre. Après tout, n’était-ce pas lui qui avait le compte en banque le plus garni ?

__Casse-toi, Gontran.

__Je ne comprends pas ce qu’elle fabrique, elle a encore dû laisser le gosse à une de ses copines pour aller voir son mec. J’en suis sûr !

__Bien sûr, lui ai-je dit, en rigolant aussi narquoisement que ma souffrance pouvait me le permettre, ce dont, je me sortais finalement pas si mal. Tu voudrais quand même pas qu’ils baisent devant lui ? Thomas est chez Jenny.

 Jenny était avocate et je savais que Gontran n’y trouverait rien à redire. Il n’a plus rien ajouté, mais comme il ne décollait toujours pas, je suis allée chercher mon fer, et j’ai entrepris de repasser une chemise d’Ignace-Félix. Au début, il a été plutôt impressionné, plus une femme repassait, plus il la trouvait sexy. Et puis, j’ai commencé à lui raconter que c’était la chemise de Félix.

__Tu sais le type que j’ai envoyé à l’hosto, il habite ici maintenant et…

 Il ne m’a pas laissé terminé, il a blêmi et l’histoire a du lui remonter le long de ses veines en le rafraîchissant un bon coup. Je savais que Thomas lui avait raconté que j’avais presque refroidi un mec au fer à repasser, homme qui d’ailleurs avait pénétré chez moi sans m’avoir au préalablement demandé mon avis.

 J’étais aussi impressionnée que lui, aurais-je pu me douter que le fer à repasser était l'arme d'une femme libérée alors que je le prenais pour son asservisseur. Aurais-je pu imaginer cela ?

 J’étais contente qu’il se tire. J’allais enfin pouvoir me laisser aller. Je me changeais. J’enfilais un vieux jean et un pull qui m’arrivait presque aux genoux. Il commençait à faire froid ici. Heureusement, je n’en avais plus pour longtemps à attendre. La vieille d’en dessous n’allait pas tarder à allumer son chauffage, et j’allais pouvoir en profiter avant que l’hiver ne me décide à dormir avec trois édredons. Je n’avais pas beaucoup d’argents et je n’écrivais pas en ce moment. Olivier avait été impressionné au début. Pour lui, j’étais la fille qui avait du caractère, du chien et du talent. Je riais doucement, le talent, les maisons d’édition ne me l’accordaient guère. Quant à mon caractère, il l’avait vite fait déchanter. J’étais une chieuse, et les chieuses, ça ne se commandait pas. Ce n’était pas qu’Olivier eut la prétention ou l’envie de m’enjoindre certaines directives, loin de là, mais il ne savait jamais de quoi j’allais être capable. Je pouvais foutre une fête en l’air juste parce-que j’étais de mauvaise humeur, ou parce-que j’avais décidé de l’être. J’étais devenue experte en bousillage de soirée. Mes particularités détestables ne le mettaient pas en rogne, il avait un caractère extensible. Non, il me laissait faire ma crise, il me disait qu’il repassait plus tard, et la plupart du temps, ni lui, ni moi, ne faisions la moindre allusion à mon glorieux comportement. Certes, il me restait le chien, j’avais du chien, mais quelle piètre consolation…

 Je me suis débouchée une bouteille et me suis offert un verre en trinquant encore une fois à l’absent. J’attendais mes amies. J’attendais patiemment de livrer le chargement de mes pensées furieuses à leurs filets acérés. L’arène était prête, elle était lisse et soyeuse. C’est Fonnie qui a poussé la porte en premier. Son compagnon l’agaçait, elle lui avait laissées ses filles et avait rappliqué ventre en avant. Elle était petite, brune et mate, belle et tranchante. Elle avait toujours su où elle allait et qui était digne de l’accompagner. Quand elle avait rencontré David, elle avait su qu’il serait le père de ses quatre enfants. Ils auraient deux garçons et deux filles et habiteraient sur la côte. Son homme serait rêveur et brillant mais ne gagnerait pas forcément beaucoup d’argent. Ce serait elle la tête pensante du quotidien. Elle réussirait parfaitement ses études et décrocherait un bon job. Elle ne s’appelait pas réellement Fonnie. Plus jeune, elle avait gagné divers concours de photographies érotiques, en tant que modèle bien sûr, et son surnom s’était imposé le plus naturellement du monde, Founie, qui avec le temps et les enfants, s’était transformé en Fonnie.


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28 avril 2008

Un regret…


Un regret…
Au bord de tes souvenirs,
Qui viendrait,
Comme une vague infinie
Réveiller,
Un songe en péril,

Une larme,
Au fond de tes précipices,
Qui viendrait,
Comme une lame acérée,
Caresser,
Tes chimères indociles,

Des remords,
Au cœur de tes ouragans,
Qui viendrait,
Comme un flux éternel,
Effrayer,
Tes espoirs futiles.


Posté par blairaudes à 14:19 - Prose - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Bruissements


Des bruits de corps qui se taisent,
Quand les soirs frivoles,
S’étiolent,
Et rattrapent des matins,
A peine esquissés,

Des nuits brunes qui s’esquivent,
Quand les murmures futiles,
Fragiles,
S’ébranlent sur des aubes,
Abandonnées,

Des bruits de bouches qui rêvent,
Quand les ténèbres sensuelles,
S’éveillent,
Et découvrent des aurores,
Dépucelées,

Des crépuscules qui se meuvent,
Quand des souffles rebelles,
Éternels,
S’écrasent sur le temps,
Inanimés.


Posté par blairaudes à 10:03 - Prose - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Accors frôlés, ch 1 (suite 7)



__Ouvre Prune, me chuchota-t-il en dépliant ses longs doigts.

 L’enfoiré, il voulait me renoyauter, ou pire m’ennoyauter, il voulait enfermer la petite Prune dans un tiroir aux bords abrupts. Et pourtant, l’exercice métaphorique auquel il était en train de s’adonner semblait au contraire sceller notre histoire dans une fin digne de ce nom

 J’ai ouvert, la petite boîte qu’il me tendait. J’y ai trouvé une bague, enfin une monture pour être plus juste. Une jolie monture de bague ancienne. J’étais mal à l’aise, je sentais le rouge me monter aux joues. Il n’y avait pas de pierre, la bague n’était pas sertie. La bague était nue. Elle semblait atrophiée et mal-à-l’aise au milieu de son écrin de carton.

__C’est quoi ? Je lui ai demandé.

 Je ne savais pas vraiment pourquoi je posais cette question, la réponse cinglait d’évidence. En revanche, le fait que la monture soit aussi dénudée m’intriguait. Olivier a pris ma main à ce moment là, il a glissé la bague à l’un de mes doigts et a déclaré en transperçant mes pupilles d’un regard déterminé qu’il partait pour une année. Il s’en allait à Prague, il avait demandé des subventions pour étudier la musique là-bas.

    Voilà, il me semblait qu’il n’y avait rien d’autre à ajouter, Olivier s’en allait, il allait rétrécir dans le champ de mon existence jusqu’à disparaître complètement. Une douleur sourde m’envahissait le larynx, j’avais la désagréable impression qu’une faucheuse me labourait le plexus solaire dans un tempo impitoyable. Déjà, il m’apparaissait autrement. Son visage prenait une dimension inconnue. Ses traits anguleux, presque durs, n’en faisaient que ressortir davantage la certitude de sa décision. Je savais que c’était sans appel. Il avait ce regard doux et grave et je le sentais prêt à dégainer deux ou trois larmes attendrissantes. Une lueur brillante au fond de ses yeux espérait rêveusement ou sombrement, que je souffre un peu de son futur départ. Le mot était faible. Je souffrais diaboliquement. Je ne dis rien, j’essayais désespérément de m’accrocher aux mots qu’il me jetait, comme à des garde-fous. La mission était vaine. Je n’arrivais pas à écouter plus d’une syllabe. Les lettres dansaient autour de mes yeux et mes oreilles sifflaient de colère, ou de chagrin, je ne savais plus. Je saisissais finalement quelques mots au vol. Il reviendrait avec une pierre pour sertir la bague qui avait appartenu à sa grand-mère et à son arrière grand-mère, toutes deux Tchèques. Il trouverait la pierre qui me ressemble le plus et me la ramènerait. D’ici-là, je n’avais qu’à conserver la monture. J’ai ôté l’anneau de mon doigt et je l’ai contemplé dans le creux de ma paume.

__Me réponds pas maintenant Prune…je veux juste que tu y penses.

 Mon geste premier avait été de remettre la monture dans la boîte. Le carton était abîmé, sombrant doucement dans la décrépitude du temps. La boîte était d’époque. Il voulait peut-être que je me marie vierge aussi…

 Quand on s’est quitté sur le bout du trottoir, une sirène blafarde jouait sa mélopée sur le parvis de mon cœur. Et cette fois, ce n’était plus une illusion, Olivier devenait vraiment petit. On devait dîner ensemble le lendemain. Je lui avais rétorqué que je n’aimais pas les adieux, et que son invitation, il pouvait se la mettre où je pense. Il avait juste murmuré avec un sourire triste qu’il m’y attendrait.

 Je ne lui ai pas dit au revoir, mais je n’ai pas pris mes jambes à mon cou non plus, et au premier grand type qui passait, j’ai demandé du feu. Je me suis rapprochée de la main inconnue et j’ai pris tout mon temps pour allumer ma cigarette. Je savais qu’Olivier me contemplait avec le cœur lourd et le regard perdu. J’ai continué ma route jusqu’au moment où je me suis rendue compte que je marchais en direction des quais alors que je créchais de l’autre côté de la ville.

 Je n’étais quand même pas amoureuse de ce type…

 Je me suis jetée sur le téléphone et j’ai laissé des messages sur les répondeurs de mes amies. Réunion en urgence. Fonnie et Barbara allaient rappliquer rapidement, je pouvais avoir confiance. Fonnie était celle qui se reproduisait à outrance, elle était enceinte de son troisième enfant et elle avait vingt-neuf ans. Barbara aurait bientôt quarante ans et après avoir expérimenté la gente masculine dans la légalité, elle pratiquait maintenant l’adultère avec conviction et volupté. Elle vivait avec son fils de dix-neuf ans, Adrien, et fréquentait abusivement le père de sa petite amie du moment. Fonnie lui avait expliqué qu’elle ferait mieux de se calmer, qu’il était préférable d’éviter les histoires de cul en famille, que le jour où le vent tournerait, c’est Adrien et la copine qui en pâtiraient. Elle s’en foutait. Barbara, elle en avait assez bavé avec les mecs pour savoir ce qu’elle faisait.

 Les larmes étaient venues toutes seules. Deux larmes. Deux larmes presque solitaires. Je les avalais bravement comme la première giclée de sperme que je m’étais pris au fond de la gorge. Le soleil pourfendait les arbres de ses derniers rayons et venaient s’alanguir de façon douce et fragile sur le bitume bleuté du trottoir. Je ne marchais pas au hasard. Je rentrais chez moi, seule. Mes pas, désormais affiliés à un quelconque GPS, guidaient ma carcasse d’humaine déconfite et de piètre pleureuse. J’avais rengainé mon chagrin et l’avais calfeutré tout à l’intérieur. Je ne souriais pas. Il y avait de la lumière chez moi. Ignace-Félix avait du repasser dans le coin, histoire de laver son linge ou je ne sais quoi. Quand je poussai la porte d’entrée, j’eus la déplaisante surprise d’y trouver Gontran. Il m’attendait. Gontran était l’ancien compagnon de l’une de mes voisines. Il l’avait quittée pour une internaute infirmière et volubile. Il venait cracher du venin sur son ex. Comme je fermais rarement ma porte à clé, les gens s’imaginaient sans doute que j’habitais un moulin.

Posté par blairaudes à 08:19 - Roman, accords frôlés - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 avril 2008

Pour la peinture de Sybille...



D’infinies combinaisons aux multiples visages,
Te dévisagent,
De façades bigarrées en images incandescentes,
Tu réinventes,
La vie pas rêvée d’un soleil d’ailleurs,
Que tu fleures,
Foule bigarrée hétéroclite, en éternel voyage
Assemblage,
Des immeubles imaginés se dressent vers un ciel infini,
Photographie,
Quand la nuit te fait l’hôte de sa toile impudente,
Tu réinventes,
La vie rêvée d’une nuit acrylique,
Esthétique,
Sentir le pastel descendre la toile dénudée,
Obscurité,
Pigmenter les ciels de tourmentes aurifères.
Lumière.


Posté par blairaudes à 14:28 - Textes pour des artistes - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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