Au fil de l'Oésie . . . . . . . . . . . . . . . . . . textes de Bérangère Morel

Être poète, c’est arrêter le temps, c’est saisir cet instant invisible et le décupler à l’infini sur le papier, ou ailleurs, ou autrement… Être poète, c’est aller en avant en conscientisant tes racines et le temps. Ressentir… Plier…

08 avril 2007

Projections

Se suspendre à ton regard comme une bête ferue,
Y sentir mes rêves et peut-être un détour,
Figer l’existence au travers un amour,
Projections futiles vers une saison perdue,

Qui me ramènera sur la lie du désir,
Quand le soir tremble pour que la nuit s’imagine,
Et m’éclaire sur des pas indistincts, décline,
S’envisage  étranger, eternel élixir,

Quand l’amour ne veut plus vendre ses artifices,
Qu’il reprend ce qu’il a sournoisement exhibé,
Quand la vie s’enracine dans des songes vidés,

Alors l’innocence s’improvise créatrice,
Et déferle abîmée, sous le pouvoir exalté,
D’une ferveur nouvelle, d’un amour estropié.



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06 avril 2007

Matin

Etincelant soleil au nord,
Extravagance dans la lie,
Affublée de souvenirs rotors,
Ecartelée par mes envies,

Le soleil pendu à l’aurore,
Eclaire mes pas indistincts,
Et vient luire d’un éclat d’or,
Par-dessus l’écume du viens,

Quand au matin, j’aime marcher,
L’éclipse accrochée à mon œil,
Un froid sourire contorsionné,
Sur l’abîme de mes écueils,

Capricieux désirs éventrés,
Sur le reflet d’une mer pâle,
Quand l’étoile vient se percher,
Dans mes habiles martingales ,

L’éblouissant pénètre la mer,
Irriguée d’irréalité,
Dans la fragrance de mes serres,
Où je m’étiole enracinée,

Sous l’acharnement effrayant,
Des mes désirs imaginés,
Quand tu inventes les sentiments,
Au détour d’une fleur écoeurée,

D’étamines étalées, roses,
Sombrant aux tréfonds de nos draps,
D’étamines étalées, roses,
Surgissant de nos aléas.

 

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Un autre matin

Alors, s’invite l’écriture,
Amante venant te faire cracher,
De bouillonnantes éclaboussures,
Des mots sacrés, des mots celés,

Un bel éclat de solitude,
Sur le revers du papier,
Mélancolique et désaimée,
Quand le soleil vient luire au Sud,

De dérisoires nostalgies,
D’imaginaires imaginées,
En aurores escarpées,
Se lient au sable de l’oubli,

Transpercent l’aube démesurée,
D’un aérien mélancolique,
Et bercent de songes antiques,
Les sculptures de tes pensées,

Ton œil lointain s'est inventé,
La main futile devient offrande,
Et gorge de ces sarabandes,
Des mots bleutés sur le cahier.



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05 avril 2007

Ciel

Il faudrait revêtir le ciel,
Le draper d’une nuit cinglante,
Et d’un jour bouillonnant,
Aux lueurs éternelles,

L’écume grandissante,
Des tornades, des nuages,
Le crachat de tes pleurs,
Vagabondent sur l’aube,

Il faudrait dévêtir la nuit,
La voiler d’un éclat de lune,
Et de bois d’acajou,
Aux reflets cramoisis,

Des embruns de colère,
Des éruptions impromptues,
Le crachat de ton âme,
Divaguent dans ton corps.


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Laisser filer le sable

Laisser filer le sable,
Ondoyer sous le vent,
Replier son carcan,
Imaginer les fables,

Qui parfois se défont,
Déployant leurs voilures,
Eclatant de zébrures,
Laisser filer ton nom,

Au gré de mon étoile,
Ecouter les murmures,
Et fouiller les fissures,
Quand les regards se voilent,

A regarder par terre,
A trop raser le sol,
Les complaintes s’étiolent,
Au gré de mes prières.

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04 avril 2007

Elle

Elle est tour à tour,
Désordonnée et tumultueuse,
Tueuse de tumultes,
Embryonnaire,
Lucide et poétique,

Celle qui fait rêver…

De corps cristallins,
En lumières d’étoile,

Celle qui dérange…

De murmures rauques,
En scintillements sculpturaux,

Illuminant toute entière,
Un fantasme,
Un songe oublié,
Peut-être simplement,
Ce que tu étais venue y chercher.



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03 avril 2007

Neige

Tu avais voulu cueillir la neige,
La recueillir entre tes doigts minces,
La faire tiédir contre ta peau claire,
Lui montrer le chemin de ton cœur,

Cette virginité de fractales,
De blancheurs infinitésimales,

Tu avais effleuré quelque songe,
Vendanger des cristaux translucides,
Tu avais voulu rêver la neige,
Comme elle ne pouvait pas exister,

Cette virginité cotonneuse,
De pâleurs innocentes, vaporeuses

Tu avais dissimulé tes larmes,
Au bout de ta route ondoyante,
Ramener tes paumes vers ta gorge,
Et peint sur ton cou des couleurs froides,

Cette virginité monastique,
De bleutés rêvés, mélancoliques,

Ton corps tendu s’était refroidi,
S’arcboutant de tendresse oubliée,
Des perles avaient glissé sur tes seins,
Les arrondissant de clairvoyance,

Cette virginité diabolique,
Aux milliers de reflets séraphiques,

Tu avais pu cueillir la neige,
La faire couler contre ta peau,
La retenir au creux de tes reins,
Telle une chose dérobée au temps.



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02 avril 2007

Ode à Hubert Félix Thiéfaine

Nous ne nous rencontrerons sûrement pas,
Car je serai noyée derrière cette foule torpillée,
De tes sonorités verbales, étranges et colorées,
L'âme encore retournée, à l'image d'un sabbat,

Je serai, celle, loin de ce cortège catalysé,
Quand la fièvre tendancieuse et apocalyptique,
Surprendra, dans une transe surnaturelle et cyclique,
Des milliers d'innocents asservis à ton épopée,

Je serai celle, inconnue et magicienne,
Qui lorsque les mots claquent et se décomposent,
Dans l' éternité des murmures d'une rose,
A l'étiolement de ma nuit, au début de la tienne,

Je serai celle qui, blindée d'un coeur d'artifice,
Cherchera, au delà des corps, tes yeux d'insomnie,
Bien après l’hier, quand disparaît l'aujourd'hui,
Alors que la lune se découvre belle et factice,

Je serai celle qui fouillera ton oeil illuminé,
Par delà ces nuées de moiteurs indolentes,
Apoplexiée de ces exhalaisons éclatantes,
Je serai celle qui te regardera me deviner.

Et quand ton dernier mot s'élèvera vers l'infini,
Quand l'ultime regard sera jeté à la foule dévolue,
Lorsque ton visage irradié de rosée incongrue,
S'évanouira derrière des steppes de pupilles élargies,

Je fermerai mes paupières indociles,
Ébahie par cet arrêt fugace du temps,
Que tu auras su retenir un instant,
Et qui n'existe que parce-que la beauté est fragile.

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Sur une route désertique

Quand la musique embrase tes sens,
Contrebassant au sextant,
Sur un soleil de bois clair,

Et les corps s’attirent,
Et les cordes se tirent,

Quand les notes enlacent ton corps,
Guitarant au couchant,
D’une lune monochrome,

Et les corps se trémoussent,
Et les cordes s’émoussent,

Quand la musique usurpe tes sens,
Pianotant au levant,
Sur un astre bigarré,

Et les corps se lient,
Et les cordes se délient,

Quand les notes amarrent ton âme,
Violoncellant au brillant,
D’une terre ancestrale,

Et les corps s’attisent,
Et les cordes se tissent.


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Crépuscule paparazzi

Les photos transies des téléphones numériques,
Illustrent une image, illusoire étincelle,
Auxquelles les strates du temps, rebelles,
S'accrocheront perdues, au présent onirique,

A la nuit glissante, les amis se dévoilent,
Paparazzis couleur dans la tendresse bleutée,
De ce soir ignorant où les rires inondés,
Eclatent insouciant, protégés des étoiles,

Encadrure irréelle de porte et de ciel,
Les pupilles s'égarent, virevoltent un instant,
Quand nos corps reposés s'offrent en riant,

A l'heure où les mots se découvrent et s'emmêlent,
Quand nos corps désabusés s'abreuvent de vin,
Dans la naïveté d'un crépuscule lutin.



Posté par blairaudes à 13:32 - Sonnets - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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