31 mars 2007
Dépendances
Faire glisser tes paupières,
Pour épanouir les gris,
Et taillader tes pensées,
Quand la nuit déferle,
Sur des corps contraints,
Aux âmes affligées,
Quand la musique te déshabille,
Dans un tempo étourdissant,
Tu graves ton nom sur le temps,
Et tu agrippes tes déroutes,
Qui te donnent l’ennui,
Qui te donnent la vie,
Faire glisser tes sourires,
Pour évanouir l’amour,
Et crayonner tes idées,
Quand les jours défilent,
Sur ta peau veloutée,
Aux pénombres mêlées,
Quand les notes te surprennent,
Au gré de la solitude,
Tu persiste à écrire, à décrire,
Et tu joues avec les mots,
Qui te donnent la vie,
Qui te donnent l’envie,
Faire glisser ton désordre,
Pour désunir du vent,
Et clairsemer des paroles,
Quand le soir se fracasse,
Sur ton corps nostalgique,
Aux rêves trop précieux,
Quand des bruissements te modèlent,
Dans des timbres mélodieux, irréels,
T’écartèles tes perceptions,
Et tu accroches la déraison,
Qui te donne l’envie,
Qui te donnent l’ennui,
Faire murmurer ton cœur,
Pour obscurcir ton âme,
Et entailler tes secrets,
Quand l’aurore se découvre,
Sur ton désordre amoureux,
Aux fantasmes éthérés.
P'tite fleur
T'étais qu'une petite fleur,
Qui ne demandait qu'à aimer,
Se faire fleurir et butiner,
T'étais petite, t'avais pas peur,
ça te plaisait bien les abeilles,
T'étais qu'une coquine émue,
Fallait pas jouer les ingénues,
Avec ce gros bourdon vermeil,
T'as les étamines en folie,
Et les pétales qui s'énervent,
T'es grosse et t'as d'la verve,
T'auras bientôt des fleurs jolies,
Quand ton bouton éclatera,
Sous les douleurs, crampes femelles,
Mais tes p'tites fleurs seront si belles,
Que ton bourdon se pâmera,
Devants les p'tis bourgeons aimés,
S'extasiera sous leurs pétales,
Minuscules, belles et tribales,
Aura l'envie d'recommencer,
T'es qu'une fleur sentimentale,
Romanesque et tumultueuse,
Qui s'épanouit toute langoureuse,
Dans les bras d'un bourdon fatal.
Langueur amoureuse II
L'allure coloriée, tu gravis le printemps,
Vers le rêve orangé de mon âme éclairée,
Enrayé de désir, esquivant un baiser,
Tu écrases un sourire de ton air inconstant,
Et l'aube se délie, tristement égarée,
La moiteur de ton lit contre mon corps humide,
Quand ton sexe affolé, l'apparence intimide,
Glisse avec volupté sur ma jupe retroussée,
Et ma peau humectée, se repaît d'insouciance,
A cette source rosée, écarlate, épuisée,
Dans la pâle esquisse d'une lune exaltée,
Au bord du précipice, agrippé d'innocence,
Tu tenailles mon sang, tes yeux nus éberlués,
Envahissant le temps d'une poudrière ailée.
Citation
Nous sommes retournés à pied à penseMORT, la main dans la main. Ce sont des choses très belles, les mains, surtout lorsqu'elles rentrent de leur voyage, après avoir fait l'amour.
Richard Brautigan, sucre de pastèque.
Balade d'automne
Un matin d'automne, j'allais dans les chemins,
Silence m'accompagnant, ainsi que chien,
Avide d'air et d'espace, je reniflais,
Odeurs et parfums, qui de la terre montaient,
Sur le chemin, feuilles de l'été oublié,
Craquiez comme des os morts, sous mes pieds,
Tu venais, soleil jaune, au travers d'une haie,
Transformant ta lumière crue en blanche raie,
Provoquer ironiquement l'iris sombre,
De mes yeux, lorsque je surgissais de l'ombre,
Au bas de moi, chien haletant, ses pattes folles,
Tendues, poursuivaient leur course, battaient le sol,
Et vous, sentant l'hiver, branches aux ronces mêlées,
Tentiez de survivre dans l'infinie beauté.
Espaces
S’accrocher à tes rêves,
T’y agripper comme un rapace,
Au point de devenir aveugle,
Descendre de ta mélancolie,
Et crever de désespoir,
La bouche à peine ouverte,
Comme si tu venais de jouir,
Ecraser les larmes,
Faire frémir les armes,
Au point de vouloir tuer,
Descendre l’amour,
Et mourir d’extase,
Les lèvres entrouvertes,
Comme si tu venais de naître,
Fracasser tes songes,
Les briser sur des récifs,
Au point de vouloir l’amour,
Descendre l’existence,
Et sauter sur une mine,
La bouche exaltée,
Comme si tu voulais périr,
Enliser tes sourires,
Evincer les connivences,
Au point d’esquiver les regards,
Descendre l’éternité,
Et chercher autre-chose,
Les lèvres à peine celées,
Comme si tu voulais partir.
30 mars 2007
Autre chose
Ecouter un matin,
Se lever, et traquer le soleil,
Chercher du gris, inventer les jaunes,
Pleurer un peu, fouiller le regard de l’autre,
Ne plus y discerner qu’un œil, une pupille,
La mélancolie découvre ton regard,
Hier est-il déjà si loin ?
Qu’en est-il du temps ?
Des rêves rêvés que tu goûtais,
Les sourires disparaissent,
Sans laisser d’autres traces,
Que des sillons sur ton visage.
Des rêves rêvés oubliés,
Des tornades que t’envisages.
Se lever un matin,
Ecouter l’autre, le rêver,
Imaginer que les cendres se sont rosies,
Sourire un peu, retrousser les commissures,
Ne plus y distinguer qu’une bouche, des lèvres,
La nostalgie s’accroche à ta conscience,
Hier a-t-il seulement existé ?
Qu’en est-il de nous ?
Des rêves imaginés, perdus,
Des sourires qui se transgressent,
Sans plus laisser de place,
A autre chose que de la rage,
Des rêves qui dégringolent,
Des tornades que tu dévisages.
Pleurer un matin,
Chercher un visage, et sentir l’autre,
Fouiller le passé, inventer les couleurs,
Traquer l’oubli, étirer les bras, déplier les doigts,
Ne plus y voir que la peau crevassée sous les ongles,
Les soupirs fustigent ton identité,
Hier se transformera-t-il ?
Qu’en est-il de toi, de moi ?
Des rêves arrachés à la torture,
Des sourires qui s’étiolent,
Sans esquisser l’ombre d’une plainte,
Des empreintes qui condamnent,
Le temps, le reste, et autre-chose,
Le tourment des tornades.
La poésie
C’est quelque-chose de terriblement fort.
La poésie, c’est quand on sait que tout peut basculer…
Le corps se fait réceptacle de l’univers entier et reçoit un déferlement d’émotions qui sont possiblement tiennes.
La poésie, c’est une strate du temps si parfaitement suspendue, un moment, une émotion en équilibre parfait, que c’en est fondamentalement douloureux.
Le corps et l’esprit, si intimement liés s’organisent autrement le temps de quelques vers.
Réceptivité, émotivité, sensibilité…
Les mots te transpercent…
La tête, le ventre,
Éventrent un cœur qui t’appartient peut-être.
Existaient-ils avant toi, après toi ?
La poésie, c’est quand la conscience se poétise et que les mots glissent seuls, débarrassés de leurs faibles oripeaux, sur un vide si lisse que tu ne peux faire autrement que de l’envahir.
La poésie, tu ne la choisis pas, c’est elle qui te choisit.
Être Rimbaud à quinze ans, c’est douloureux et regrettable, être toi à trente, c’est encore plus difficile mais tu te déshabilles de ces regrets en continuant cette route qui t’apparait de plus en plus solitaire.
Se dévêtir en cheminant…
Se défalquer de tes haillons et progresser pas à pas vers la cognition, vers cette lucidité aux rêves mêlés qui t’apportent la sagesse…
Être poète, c’est être sage.
Être poète, c’est s’alanguir sur des choses que tu crois être seul à discerner, ce moment que tu distingues si douloureusement et que tu te dois de traduire.
Être poète, c’est arrêter le temps, c’est saisir cet instant invisible et le décupler à l’infini sur le papier, ou ailleurs, ou autrement…
Être poète, c’est aller en avant en conscientisant tes racines et le temps.
Ressentir…
Plier…
Se dresser…
Et resplendir la queue au vent.
Être poète, c’est ça aussi.

